Emeutes, victimes : sauver les institutions et non les amis

Manif pénal
Lors d'une manifestation pour la reconnaissance de tamazight langue nationale. D. R.

Par Bachir Medjahed – Dans une boucle décisionnelle, même si ce n’est pas par une implication directe, tout le monde peut être coupable. Une bavure grave ou une action pouvant mener au pénal peut faire encourir le risque pénal, du plus bas niveau de la hiérarchie à son plus haut niveau, ce dernier endossant une responsabilité pour faute politique. L’actualité politique permet de fournir des exemples «grandeur nature».

Exemple 1. Evènements d’Octobre 88. Le 10 octobre à Bab El-Oued, et avant cette date, la mission confiée à l’armée de rétablir l’ordre public a provoqué des morts. Quel qu’en soit le nombre. Puisqu’il s’en est suivi des morts, il doit y avoir identification des responsabilités. Qui est responsable ? Qui l’est plus qu’un autre ? Qui est (sont) coupable(s) ?

Au plus haut niveau politique, un objectif : retour de la paix le plus rapidement possible. La paix ou l’ordre public ? A quel corps faudrait-il confier cette mission ? La police ? Elle est dépassée par l’ampleur des émeutes. A l’armée ? Celle-ci n’est pas conçue pour des missions de gestion des foules. Elle est formée pour une seule mission : détruire l’adversaire, son format et son équipement la préparant pour s’engager dans de tels scénarios.

Le pouvoir confie son nouveau mandat à l’armée. Au plus haut niveau de la hiérarchie militaire, des instructions sont données aux officiers de terrain pour veiller à ce que les armes à feu ne soient pas utilisées, sauf strictement dans le cas où il y a une menace réelle. Mais qui doit évaluer la menace ? C’est l’agent de plus bas niveau hiérarchique, le soldat de troupe qui est le plus exposé et qui est seul responsable de percevoir la nature du danger «réel» auquel il fait face.

Le soldat tire. Ses nerfs l’ont peut-être lâché ; il s’est vu en danger certain et s’estime en légitime défense. Le pouvoir politique «est» perdu. La hiérarchie militaire l’est encore plus. A tous les niveaux intermédiaires. Les institutions internationales interviennent. Voilà un soldat, un homme de troupe, qui fait bouger le monde.

Qui doit payer pour lui ou pour tous ? Le soldat ? Son chef ? Jusqu’à quel niveau de la hiérarchie ? Certains voudraient qu’une «justice» étrangère intervienne pour «juger». Une justice étrangère demande fatalement des données politiques. Qui a donné l’ordre de tirer ? Personne. Seul celui qui a tiré sait pourquoi il l’a fait. Il faudrait donc fatalement faire un procès politique. Pourquoi il y a eu manifestations ou insurrection ? Le contexte politique qui a mis face à face des foules et des soldats ou des agents de sécurité qui puise sa source dans le système politique, c’est-à-dire qu’il faudrait remonter à la guerre pour le pouvoir en 1962 et même avant.

Exemple 2. Affaire du décès (assassinat ou accident mortel ?) de feu Massinissa. 126 morts de jeunes de Kabylie auraient pu être évitées si le ministre de l’Intérieur – ou le patron de la gendarmerie, ou les deux – avait démissionné. Faudrait-il sauver les amis ou les institutions ? L’absence d’une telle solution (absence de sacrifice) a beaucoup gêné le Président. C’est ce qui a contribué à la décision de Bouteflika d’organiser un rattrapage (tamazight langue nationale et officielle, Yennayer, l’Académie).

B. M.

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