Comment Kamel Daoud dupe ses lecteurs au profit de ses mécènes

Daoud
Kamel Daoud en compagnie de Bernard Pivot. D. R.

Par Youcef Benzatat – Il y a dans son style une façon d’user de généralisations outrancières envers les anciens combattants de la guerre d’indépendance, pour anéantir chez son lecteur toute possibilité d’empathie et de considérations pour leur engagement et leur sacrifice. «Quand j’étais enfant, l’une des façons de faire rire autour de soi était de moquer les vétérans de guerre et leur propension à exagérer ou inventer leurs faits d’armes passés pour bénéficier de privilèges au présent.» Notons que l’objet des moqueries n’est pas formulé au conditionnel, celui qui désigne des vétérans parmi d’autres, sujets à propension d’exagérer ou d’inventer leurs faits d’armes, mais tous les vétérans de guerre ! En fait, ce qui est visé ici, c’est l’esprit même de la lutte armée pour l’indépendance qui est mis en doute. Il va de soi que toute guerre produit ce phénomène chez certains de ses vétérans, qui ont tendance à l’exagération et à l’invention de faits d’armes imaginaires. Encore que, dans le cas algérien, cette guerre n’en était pas une. C’était plutôt une révolution menée les mains nues par tout un peuple spolié de ses terres et dépouillé de tous ses droits contre un empire colonial, possédant une armée parmi les plus puissantes au monde. Le combat inégal se soldant par la victoire sur l’ennemi avait prédisposé beaucoup de vétérans vers la propension à l’exagération et à l’invention de faits d’armes. Non pas systématiquement pour des calculs de privilèges, mais souvent par l’euphorie d’avoir reconquis leur liberté et leur dignité. Une autre manière de prolonger cette euphorie en poursuivant les faits d’armes par des inventions entièrement construites dans l’imaginaire. Ces braves gens ne sont pas à plaindre, ils sont plutôt attendrissants par leur abnégation et leur courage d’avoir mené une guerre à la dimension de David contre Goliath. Nous aussi ils nous faisaient rire, mais non pas par mépris et pour susciter leur haine et celle de leur combat chez l’auditoire, mais plutôt par tendresse et par respect pour la folie qui s’est emparée d’eux, à avoir osé affronter la mort pour l’idéal de liberté et de dignité et le délire dans lequel ils se sont plongés longtemps après la fin de la guerre.

Comme dans toute posture de radicalisation, il y a nulle place pour la nuance. Le style de Kamel Daoud ne se fonde pas sur les règles de la littérature, il s’apparente plutôt à la figure performative, celle des rhétoriques essentialistes et totalitaires. Son lecteur est privé de tout espace d’intrusion dans le texte. C’est à prendre ou à laisser. Comme chez les intégristes, où toute démonstration scientifique ou discours rhétorique devrait démontrer l’existence de dieu et ne doit en aucun cas laisser à l’auditeur d’espace pour le doute ou la nuance. C’est le propre de tout essentialisme, comme celui qu’il a déployé pour commenter la gigantesque manipulation des viols de Cologne. C’est par cette figure rhétorique qu’il s’adresse à ses lecteurs et à ses mécènes du New York Times dans sa démonstration du rejet de la Guerre de Libération nationale, à travers son texte : Ma guerre avec la guerre d’Algérie. «Je n’ai pas connu la guerre, mais elle a été présente dans mon imaginaire. Par la voie de mes parents et proches et de leurs discussions, et par la voie de l’Etat : l’école, la télévision, les fêtes officielles et les discours politiques. Tout ce que j’entendis alors a créé en moi, comme dans l’esprit de beaucoup de personnes de mon âge, une saturation qui provoqua le rejet.» En plus d’user d’une assertion, à travers laquelle il assène à son auditeur une opinion subjective qu’il doit tenir pour une vérité sans nuance, sur qui il entend exercer une pression d’influence «comme dans l’esprit de beaucoup de personnes de mon âge», il construit sa rhétorique malhonnêtement sur la collecte d’informations sélectives.

Une chose est sûre : nos parents qui ont vécu dans leur chair et dans leur esprit les affres de la colonisation, et qui ont été témoins du sacrifice des martyrs et de tous ceux qui ont pu s’en sortir vivants de la barbarie de cette guerre après un long combat contre l’ennemi commun, savent nuancer entre les authentiques et l’existence réelle de faux vétérans et de ceux qui exagéraient leurs faits d’armes pour bénéficier de privilèges. Mais Kamel Daoud n’a visiblement retenu des récits de ses parents et de ses proches que ceux relatifs au deuxième cas de figure, qu’il généralisa à tous ceux qui ont porté les armes, pour asseoir sa rhétorique voulue par ses mécènes.

On retrouve le même style de discours mensonger, fondé sur des arguments sélectifs, lorsqu’il s’agit de la représentation de l’image de la guerre. Seule retient son attention l’image véhiculée par le discours officiel, caractérisé le plus souvent, certes, parle détournement de l’idéal révolutionnaire au profit d’un pouvoir ayant usurpé l’autorité par la violence et la coercition, au nom de ce même idéal «la voie de l’Etat : l’école, la télévision, les fêtes officielles et les discours politiques». Evacuant de son répertoire argumentaire tous les discours de ceux qui s’opposent au discours officiel pour façonner une autre représentation de la Révolution et de ses idéaux. Comme tout intégriste, il ne retient que ce qui conforte sa rhétorique de rejet de la guerre, ses motivations et son idéal, jusqu’à la tentation de sa délégitimation pour satisfaire les vœux de ses mécènes faussaires. «On me faisait sentir coupable de n’être pas né plus tôt pour pouvoir faire la guerre. Endetté vis-à-vis de ceux qui s’étaient battus contre la France, j’étais sommé de vénérer mes aînés. Je fais donc partie de cette génération pour qui la mémoire de la guerre d’Algérie… Nous avons grandi convaincus qu’il s’agissait désormais d’une rente et non plus d’une épopée.» C’est ainsi qu’il conclut la première partie de son texte.

Quelque part, sa posture lui est tombée sur la tête, comme les dieux tombent des cieux. La réhabilitation du colon et le déni du crime colonial dans son roman Meursault contre-enquête, qui lui a valu d’importants prix littéraire chez l’ancien colonisateur, lui a attribué une place privilégiée, dont il ne pourra se défaire, sous peine de tout perdre, et ses privilèges et sa posture de fétiche médiatique.

Cette posture, devenue sa névrose, l’a entraîné dans une fuite en avant de laquelle il ne peut plus faire marche arrière. Elle l’empêche désormais d’avoir la sincérité nécessaire pour disposer suffisamment de qualités intellectuelles de discernement et de recul pour percevoir sa société, son histoire et sa mémoire avec le plus d’objectivité. A travers son insistance et son acharnement du rejet de la mémoire de la guerre de libération nationale, Kamel Daoud semble se battre contre sa propre névrose. Il cherche son réconfort chez toute une génération qu’il voudrait influencer en l’associant à son délire. Sachant pertinemment, que celle-ci est disposée dans une grande partie à le suivre sans même comprendre le fond de son discours. L’effet médiatique de consécration de ses mécènes leur suffit comme légitimation. Ce qui leur importe, c’est de se venger d’un pouvoir qui a volé leur vie et hypothéqué leur avenir.

Y. B.

Comment (142)

    ZORO
    12 novembre 2018 - 18 h 38 min

    IL faut reconnaitre A souk ahras et karamazov le flair d avoir detecter l usurpateur d identite et de profession JEAN DORNIER qui n etait en fait que ANTI KHAFAFICH dans l une de ses convulsions.
    SIGNEZORO…Z…

    salim31
    12 novembre 2018 - 5 h 14 min

    @ el cabaero zorro ..
    Je reconnait les fautes d orthographe , je suis de la generation qui a frole
    l arabisation scolaire que vous L ancienne genereration vous nous avez concote dans les annees 70 .
    Normalement on devrait etre arabisant moi et comme KM on a survecu au nauffrage meme que lui est devenu une star de la literrature de leur langue qu il les a meme depasse eux les francisans qui on decrete l arabisation ; ce jeune qui devrait etre arabisant et qui ose manier la langue du bien aime « ex »colonisateur _kamel daoud a commis l ireeparable de ne pas connaitre que la france est a eux , la france est un bien prive reserve au « ex »
    , mais bessah toi tu ,tu n a carreement pas saisi le texte pourtant bien visible je parlait du « drame regionaliste que subit oran  » _ma rak takcheh kou3ou mbou3ou_ jd suis oblige d etre un KHAFAFICHE le jour je boss pas comme toi zorro !!! A MEXICO c est conu sa travaille pas !!!

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    ZORO
    11 novembre 2018 - 23 h 22 min

    [email protected] Salim 31 Alias ANTI KHAFAFICH THE TROUBLE MAKER.
    En quelques jours tu arrives a ecrire un Texte sans fautes d orthographe ou de gramaire ,Tu es vraiment un genie qui necessite des soins dans un asile le plus proche.Ton probleme avec le maroc ne fait que s accentuer ,ca fait une annee que je t ai conseillé d aller voir un psy peut etre il t aidera a limiter ce foisonnement de personalite contradictoires qui perturbe ton esprit je suis tu guerira et tu sera anti khafafich visible seulement la nuit
    SigneZORO.

      Salim31
      12 novembre 2018 - 21 h 47 min

      Je vois que tu n a aucun sens de
      l humour . Tu m attrubues tous ces pseudo, tu me designe comme ennemis public , c est peut etre moi zorro que tu vois partout , ..faut arreter vos delires , c est votre probleme si vous supportez pas les commentaires qui ne sont pas a vos gouts ici sur AP les gens s exprime librement dans le but et la finalite
      d ameliore les choses et faire progresser le pays , pour ma part j en ai fini avec vous !

        ZORO
        12 novembre 2018 - 23 h 02 min

        je t ai pardonné plusieurs fois mais je vois que tu a depasser les bornes. Quel est ton but dans ce que tu appelle humour qui n est en fait qu une haine que tu semes entre algeriens .
        «  »Pour ma part j en ai fini avec vous » »tu as emprunte cette expression a karmazov . Malgres son incartade que je pourrais pardonner et malgres toutes nos divergences d opinion karamazov reste a mes yeux un algerien a sa facon avec lequel ca fait plaisir de discuter.
        QUANT A TOI ANTI KHAFAFICH
        ALLAH YEHDIK ALLAH ICHAFIK
        SIGNEZORO….Z.
        ..

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    salim31
    11 novembre 2018 - 20 h 03 min

    @ramon sala  » Cela se confirme de plus en plus. Il y a une jalousie maladive des gens du centre vis à vis de l’Ouest, cette jalousie relève de la psychiatrie.  » oui je confirme tout les celebrites issues de l ouest sont dans les meilleurs des cas meprises et s ils arrivent a les surpasses ils sont soit des traitres soit marocanisė _ pourtant a par les gens de l.ouest il n existe pas de gens celebre en algerie personne ne les connait , cette jalousie a fait construire le plus grand nombre de tribunaux de prison en algerie le plus grand nombre de harragas le.plus.grans nombre de personnes vivant dans les caves …

      ZORO
      12 novembre 2018 - 18 h 08 min

      Ramonsala,salim31,wakhda,amnagh,farida,salima,
      bechari,annabi,biskri,tlemcani,ouargli beni snousi ,et une multitude d autres pseudo ne suffisent pas ANTIKHAFAFICH pour creer la fitna au sein d AP .Cet ancien imam guidait les prieres a paris selon ses dires inscrits sur AP lors d une confrontation entre moi et lui il y a plus d une annee. faites attention messieur!! les plus virulents commmentaires contre les berberes,les arabes les athees les musulmans ne peuvent venir que de lui .il ecrit un commentaire sous le pseudo de ramon sala et il repond a soi meme sous SALIM31; Que dieu le guerisse moi j ai su il y a longtemgs qu il etait malade.
      SIGNEZORO…Z…

    Un Lecteur Lambda
    11 novembre 2018 - 15 h 46 min

    @Zaatar
    L’auteur de cette contribution le fait très certainement avec honnêteté et intégrité.
    Kd est un sujet polémique. Certains voient en lui le pourfendeur anticonformiste et anticonventionnel du système (ce qui reste à demontrer). Ce qui les séduit en lui c’est moins la profondeur de sa pensée (ils savent bien que de ce côté-là, il n’y en a pas et à la limite, ils s’en tapent) que ses prises de position sur des sujets qui les intéressent (arabité, amazighite, Islam). Ils célèbrent en lui le « messie » d’une algerianité décomplexée car déconnectée d’une de ses composantes identitaires. Ils le défendent et le soutiennent car ils voient en lui un nouveau ferhat mhenni, plus « intello », plus jeune, moins frontal, un « leader » qui « séduit » par son « franc-parler » et son « audace », etc.
    Ce qu’ils oublient ou refusent de voir c’est que ce personnage n’est qu’une fabrication pure et simple de milieux français hostiles à notre pays.

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      Zaatar
      11 novembre 2018 - 21 h 12 min

      Et c’est reparti pour un tour… moi j’arrete

    Un Lecteur Lambda
    11 novembre 2018 - 14 h 31 min

    Même lorsque l’objectivité repose sur des faits établis, ces mêmes faits peuvent donner lieu à une lecture subjective. La lecture et l’interprétation de ces faits vont dépendre très souvent de notre système de valeurs. Deux individus peuvent être très proches sur de nombreux sujets et avoir des positions divergentes voire tranchées sur d’autres. L’exemple de frères qui n’es pas d’accord dans une même famille ou de militants dans la même organisation politique, syndicale, etc.
    Lorsque l’on pose une question à quelqu’un, la réponse sera objective ou pas en fonction de son niveau d’expertise (connaissance du domaine en question) et de son système de valeurs et très probablement aux enjeux en question (qui dépendent complètement du système de valeurs).
    Donc oui ce que j’écris sur tel ou tel sujet dépend en partie de mon ressenti et de l’idée que je me fais de ce qui est vrai et de ce qui est juste sur la base d’éléments concrets.
    Nous nous exprimons sur des sujets pour lesquels nous ne disposons pas d’assez de recul, la plupart d’entre-nous le fait avec honnêteté et intégrité. Cependant, s’exprimer sur des sujets sensibles n’est pas toujours aisé, nous déployons malgré nous une certaine charge affective qui parfois nous « brouille » la vue et nous rend « insensibles » au point de vue et arguments de l’autre…
    Salutations à tous.

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      Zaatar
      11 novembre 2018 - 14 h 52 min

      @Un lecteur Lambda,

      Autrement dit, cher Un lecteur Lambda, et si je vous comprend bien, Monsieur Y. Benzatat qui s’acharne sur K.D, Y.K et B.S en rédigeant des pamphlets du genre, peut en quelque sorte aller vendre des navets au marché d’à côté… n’est ce pas?

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    Un Lecteur Lambda
    11 novembre 2018 - 12 h 49 min

    Je reconnais là le style des deux vieux compères férus de physique que mon chemin a croisé en d’autres lieux, il n’y a pas si longtemps.
    Sincères amitiés.

    Karamazov
    11 novembre 2018 - 11 h 29 min

    Tout à fait d’accord avec toi . Mais mon propos concernait moins « la vérité en soi » que « l’Opinion ».
    C’est plus exactement du « rapport » à la vérité qu’il s’agissait. Je faisais allusion, que cela n’offense personne, à l’idée , que si on appliquait la physique quantique et les mathématiques à tous les sujets que l’on traite on serait dans le vrai, sinon ce ne serait qu’élucubrations superficielles et hasardeuses. De là à dire qu’ils y en auraient qui appliqueraient en tout une rigueur analytique et d’autres qui ne feraient que déblatérer serait d’une condescendance inacceptable.

    J’ai rapporté deux définitions de « l’opinion » pour montrer que l’idée qu’une opinion objective est dans la chose observée, ou comme tu le dis si brillamment : incluse dans l’objet, et s’en déduit substantiellement , a la même structure molléculaire, coule de source, et non dans le cerveau de celui qui l’observe est une tromperie.

    Et j’en suis arrivé, au grand dam de ma propre neutralité objective, à conclure qu’une opinion peut être subjective et vraie ou objective et fausse.

    Le sentiment que les gens ont des sujets qu’on aborde ici m’intéresse plus que leur science à propos de celle-ci.

      Zaatar
      11 novembre 2018 - 12 h 57 min

      Cher Karamazov,

      Ne fut il pas préférable d’attendre l’éclairage du sujet par la théorie des cordes? Il parait que ces cordelettes d’unités simples d’énergie sur la base de vibrations activeraient dans plusieurs dimensions que notre espace à trois ne pourrait approcher… ainsi tout serait expliqué, on aura à tout phénomène et tout événement une explication objective et vraie… l’idéal me diras tu…on en est loin pour le moment..

        Karamazov
        11 novembre 2018 - 13 h 29 min

        Exactement. c’est ce que je t’aurais dit si tu n’avais pas anticipé ma réponse. Mais comme on en est loin on laisse libre court à notre imagination. Et pendant ce temps , elle tourne.

        Sinon, je préfère attendre que les cordes elles-mêmes viennent éclairer ma vessie que les théories spéculative à leur sujet. Si c’est la théorie qui est dans « mes », heueueu , « les » cordes et pas l’inverse.

    Zoro
    10 novembre 2018 - 22 h 26 min

    Merci moderateur ca arrive qu on se brouille.

    ZORO
    10 novembre 2018 - 22 h 22 min

    A KRIMO 10 NOV 18h 39.
    Pour faire passer Zoro pour un renard tu as eu recours a Balzac je vois que tu n as pas eu la chance d avoir une tahtaha pour ecouter les meddahas te dire : kounek dib layaklouk ediab!!!
    SIGNE ZORO. …Z….

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      Zaatar
      11 novembre 2018 - 7 h 23 min

      Don Diego de la Vega ne serait pas alors Ysengrin… et moi qui croyait…

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