Occident collectif ou bloc impérialiste ?

Biden Occident collectif
Le locataire de la Maison-Blanche avec deux de ses vassaux. D. R.

Une contribution de Kadour Naïmi – Depuis peu est apparue l’expression «Occident collectif». En cherchant à comprendre ce qu’elle désigne réellement, le résultat est très vague, au point que son emploi nécessite toujours une clarification qui mentionne les nations qui comprennent cette étiquette.

Voilà déjà très longtemps que Confucius exigeait, pour tout examen destiné à comprendre une réalité à commencer par la bonne définition des termes ; après lui, Boileau déclarait la nécessité du juste emploi des mots, en parlant de chat quand il s’agit de chat, et de fripon quand il s’agit de fripon. Alors, examinons cet «Occident collectif».

Le premier terme indique un espace géographique. Or, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, qui font partie de cet «Occident collectif», ne se trouvent pas en «Occident» mais en Extrême-Orient. En outre, l’immense espace de la Russie est constitué par une partie ouest qui fait partie de l’Occident géographique, mais pas de celui indiqué comme «Occident collectif».

Si, alors, par «Occident», on entend une forme générale de «culture», de «civilisation» ou d’idéologie politico-économique, par conséquent des pays géographiquement d’Extrême-Orient, font partie idéologiquement de cet «Occident», par exemple les nations australiennes et néo-zélandaises, en ce qui concerne la culture et la civilisation, et le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, pour ce qui est de l’idéologie. Venons-en à l’adjectif «collectif».

En général, ce mot suggère un groupe de partenaires associés de manière libre, volontaire et égalitaire. Or, on sait que dans ce «collectif», référé à l’«Occident», existe en réalité un chef (le gouvernement états-unien) et des vassaux (nations de l’Union européenne et autres nations). L’expression «Occident collectif est donc une confuse, non opératoire. Et, pourtant, elle est utilisée par des intellectuels qui, normalement, devraient veiller à la qualité de leur vocabulaire. A qui profite cette confusion des mots ? Certainement pas à la vérité des faits, ci-dessus mentionnés, ni aux auteurs qui s’opposent à cet «Occident collectif».

Approfondissons. En examinant les nations qui composent ce groupement, on constate que le chef de file et les principaux vassaux sont des nations de colonies de peuplement, au prix d’un génocide du peuple autochtone (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande) ; de nations coloniales, au prix de massacres et spoliations des peuples autochtones : Angleterre, France, Belgique, Italie et autres pays européens ; de nations néocoloniales : celles dont les gouvernements imposent, depuis les indépendances politiques de certaines nations ex-colonisées, les chefs d’Etat de ces nations afin de maintenir la domination-exploitation des ressources naturelles de ces dernières par les ex-nations coloniales.

Existe-t-il un terme pour définir correctement, c’est-à-dire sur la base des faits réels, ces nations de colonies de peuplement, ces nations coloniales et ces nations néocoloniales ? Oui ! Impérialistes et néo-impérialistes.

Les premières interviennent directement par des agressions de leurs armées contre d’autres nations, tandis que les secondes agissent indirectement par des actions de leurs services secrets et de guerre de propagande pour imposer les dirigeants étatiques à d’autres nations, dans le but de mettre la main sur leurs ressources naturelles. Ainsi, on reconnaît le chef de file des nations impérialistes (les Etats-Unis), les nations vassales principales (européennes, en premier lieu Angleterre et Allemagne) et les autres nations vassales dans le monde, parmi lesquels Israël.

On objecterait : l’Union soviétique fut impérialiste dans ses interventions armées, de celle de 1953 en Allemagne de l’Est à la dernière en Afghanistan. Réponse : aujourd’hui, l’Union soviétique n’existe plus, mais la Fédération de Russie.

On ajouterait que l’intervention russe actuelle en Ukraine est une intervention armée impérialiste. Les faits objectifs montrent qu’il s’agit d’autre chose : une réaction «militaire spéciale» de défense nationale pour empêcher l’objectif publiquement exprimé par l’idéologue impérialiste Zbigniew Brzeziński : faire de l’Ukraine la nation vassale des Etats-Unis dans le but de détruire la Russie, pour s’emparer de ses ressources naturelles et pouvoir affronter l’unique adversaire qui resterait, la Chine.

Approfondissons encore. L’expression «Occident collectif» ne présente intrinsèquement rien de négatif. Elle pourrait même constituer une invention des services de propagande d’une nation impérialiste ou néo-impérialiste pour se présenter de manière acceptable et même alléchante. En effet, «Occident» a toujours été une expression privilégiée des nations impérialistes (à l’exception du Japon impérialiste), et l’adjectif «collectif» suggère une association de partenaires libres, volontaires et égalitaires. Or, espérons avoir montré que les nations impérialistes et néo-impérialistes, d’une part, ne sont pas toutes «occidentales», ni géographiquement ni culturellement, et, d’autre part, ne sont pas un «collectif», mais une organisation constituée d’une nation dominante et de nations vassales, même si ces nations se présentent «partenaires» d’un «monde libre», «démocratique». Certes, ce «monde» là se considère libre d’imposer ses «règles» à toutes les nations de la planète, règles caractérisées, en réalité, par la domination-exploitation.

Dès lors, n’est-il pas correct de renoncer à l’expression «Occident collectif» pour parler de bloc impérialiste et néo-impérialiste ? Et si l’on veut préciser davantage : bloc impérialiste et néo-impérialiste dirigé par l’oligarchie états-unienne ? Ces expressions ne permettent-elles pas de clarifier la réalité en la désignant par les termes adéquats ?

Alors, les nations qui s’opposent à ce bloc pourraient être correctement désignées comme bloc anti-impérialiste.

On objecterait : ce bloc est constitué par des nations dirigées par des autocrates. Réponse : même dans ce cas, l’important est que ces nations veulent mettre fin à un impérialisme dominateur.

On objecterait encore : la Russie et la Chine ne visent-elles pas à agir, à leur tour, comme impérialistes envers les nations dont elles ambitionnent d’exploiter les ressources naturelles ?

Réponse : la Russie et la Chine n’interviennent pas militairement contre d’autres nations (répétons que l’intervention russe actuelle en Ukraine est une opération de défense de sa sécurité territoriale), n’organisent pas clandestinement de changements de gouvernement et des «révolutions colorées», que la Russie intervient en Syrie en solidarité contre l’agression impérialiste dont cette dernière nation est victime, que les relations entre d’une part la Russie et la Chine et, d’autre part, les autres nations se réalisent selon le principe «gagnant-gagnant» et sans intervention dans les affaires internes des nations. Toutes ces caractéristiques d’action sont à l’opposé de celles des nations impérialistes et néo-impérialistes.

Dès lors, n’est-il pas utile, en parlant du conflit mondial actuel, de désigner ainsi les deux adversaires : d’une part, une position unipolaire impérialiste et néo-impérialiste et, d’autre part, une position multipolaire anti-impérialiste et solidaire ? Comme on le sait depuis que l’humanité emploie le langage des mots, ces derniers sont d’une importance capitale, d’où la nécessité de bien les choisir.

K. N.

Comment (12)

    Kamel AL DJAZAÏRI
    30 novembre 2022 - 11 h 41 min

    Très bonne contribution de Mr Kadour NAÏMI, aprés celle de Mr Mohsen Abdelmoumen !
    Il faut ce genre d’article pour éveiller les consciences…

    Elephant Man
    29 novembre 2022 - 20 h 29 min

    Et je reprends également pour l’occasion mon commentaire :
    Le Président Boumedienne, Allah Yarhmou, était un grand analyste et fin stratège, un FIER NATIONALISTE, un HUMANISTE, qui aimait son pays et son peuple.
    « Il n’est pas exagéré de réaffirmer que l’indépendance politique n’a aucun contenu si elle n’est pas directement suivie de l’indépendance économique. C’est là, le sens qu’il faut donner à la liquidation des bases du colonialisme, et du néocolonialisme à l’élimination de l’impérialisme, et à la mise à disposition du peuple de toutes les richesses du pays » ALLAH YERAHMEK YA SID ERDJAL !!! ALLAH YERAHMEK YA SI L’HOUARI BOUMEDIENNE POUR L’ETERNITE !!!

    Elephant Man
    29 novembre 2022 - 20 h 20 min

    Je reprends pour l’occasion mon commentaire 2022 07 04 :
    L’alliance anti-occidentale est politiquement et économiquement de plus en plus puissante.
    Lijian Zhao, porte-parole du MAE Chinois a déclaré la population totale des pays composant le G7 est d’un peu plus que 770 millions de personnes, celle des BRICS représente plus de 3 milliards d’habitants de la planète et d’ajouter «la prochaine fois qu’ils parleront de communauté internationale vous saurez ce que cela signifie» !
    Malgré les sanctions occidentales, les Russes peuvent désormais utiliser le système Chinois UnionPay (180 pays du monde).
    Sans omettre l’OCS.

    Le Chat Botté
    29 novembre 2022 - 18 h 57 min

    …faire de l’Ukraine la nation vassale des Etats-Unis dans le but de détruire la Russie, pour s’emparer de ses ressources naturelles et pouvoir affronter l’unique adversaire qui resterait, la Chine.
    C’est exactement les mêmes termes que j’avais utilisé au début de l’invasion pour définir ce conflit qui était à l’origine une question de Sécurité nationale et que maintenant ce soi-disant conflit avec ses ramifications obscures, de l’ensemble des pays vassaux, aux portes de la Russie et à leurs soldes, étaient dirigés pour engloutir la Fédération de Russie en entier et s’attaquer ensuite aux Chinois qui eux voient d’un mauvais oeil l’aboutisseent de cette escalade qui s’éternise. Les Russes sont en majorité des Catholiques Orthodoxes contrairement à ses guenilles de l’Europe qui se plaisent dans leurs complaisances et que leurs bestiales vies les empêchent de voir les choses telles que le monde civilisé le voit en réalité.

    Raïna
    29 novembre 2022 - 17 h 38 min

    Les mots ont un sens,une signification et comme pouvoir que celui qu’on leur donne.

    Les occidentaux se veulent maître du monde en s’accaparent le terme (statut) de »communauté internationale  » à savoir l’UE des 27,États-Unis, Canada,Japon,Corée du sud et le grand satan « israël » ce qui représente 32 pays,32 pays sur les 197 reconnus par l’ONU ce qui représente moins de 20% de la communauté internationale et c’est cette minorité de pays qui veut soumettre à ses pieds l’immense majorité des pays que représente la vraie communauté internationale?
    Preuve en est que nous vivons dans un monde unipolaire dirigé par des impérialistes et qu’il y a bel et bien un déséquilibre des puissances qui nous amène à cette situation,celle de dominants et dominés,il est impératif de mettre en place un monde multipolaire pour rétablir le droit international avec un équilibre des forces,du pouvoir et des richesses.

      Elephant Man
      29 novembre 2022 - 20 h 16 min

      @Raïna
      D’où les BRICS.

    lila
    29 novembre 2022 - 15 h 30 min

    moi je les appellerais, plutot qu’un collectif, une association de malfaiteurs

      Elephant Man
      29 novembre 2022 - 20 h 02 min

      @Lila
      Excellent commentaire synthétique perspicace et percutant. 👍

    Anonyme
    29 novembre 2022 - 10 h 44 min

    Dans la même réflexion d’emploi des mots, les Ukrainiens sont des réfugiés, les occidentaux travaillant à l’étranger sont des expatriés. Par contre s’agissant des autres indésirables on les nomme les migrants, un terme plutôt négatif aujourd’hui qu’on évitera d’utiliser pour leur propre migration car on ne mélange pas les serviettes et les torchons. J’aimerais bien savoir ce qui a pu amener le Qatar, pays à la pointe des manœuvres lors des printemps arabe à se retrouver sous le feu des critiques occidentales lors de l’organisation de la coupe du monde. On dirait bien que le petit Etat gazier n’est plus dans leur petits papiers, les sommes astronomiques versées au PSG entre autres ne leur suffisent plus, le rdv de l’émir de ce petit Etat avec Macron s’est soldé par un ballon de baudruche à l’image du rdv avec l’autre brebis couronnée égarée du Golf, réparti vexé de son entretien à l’Elysée, mais moins que les occidentaux qui n’ont jamais réussi à leur faire augmenter la production de pétrole ou de gaz afin de contrer le grand méchant Ours russe. l’Algérie a eu du flair quant à la tentative de resserrer les rangs arabo musulmans mais c’est sans compter sur le côté versatile d’un Mbm probablement attaché à sauver ce qu’il reste des régimes de son genre et qui n’a plus trop mal à l’oreille lorsque les occidentaux le sifflent

    Abou Stroff
    29 novembre 2022 - 10 h 01 min

    « Dès lors, n’est-il pas utile, en parlant du conflit mondial actuel, de désigner ainsi les deux adversaires : d’une part, une position unipolaire impérialiste et néo-impérialiste et, d’autre part, une position multipolaire anti-impérialiste et solidaire ? Comme on le sait depuis que l’humanité emploie le langage des mots, ces derniers sont d’une importance capitale, d’où la nécessité de bien les choisir. » conclut K. N..

    je pense qu’il n’y a rien à ajouter à ce qu’avance l’auteur. en effet, nous assistons à une lutte à mort entre un monde ancien (dirigé par la première puissance impérialiste mondiale, i. e. les usa, épaulée, entre autres, par les sous-impérialistes européens et secondée par l’entité sioniste) qui ne veut pas mourir et un monde nouveau (que dirigeraient, entre autres par la Chine et la Russie) qui ne parvient pas encore à naitre.

    en fait, pour se convaicre qu’il y a effectivement une lutte à mort entre deux mondes dont les intérêts essentiels sont antagoniques, il suffit d’observer les « débats » au niveau des télés frenchies sur la question ukrainienne, entre autres, où il n’y a qu’une version et une seule que défendent tous les « analystes » sans exception et qui se résume à un parti-pris flagrant en faveur de l’ukraine, i. e. un poste avancé des puissances impérialistes, en général et de la première puissance impérialiste, en particulier.

    PS: avez vous remarqué que beaucoup d’intervenants, pour ne pas dire la majorité des intervenants (journalistes, « spécialistes », « historiens », « analystes », « penseurs » du genre bhl, glucksman, bruckner, enthoven, fienkelkraut, etc..) sont nos « cousins » au premier degré et sont tous, sans exception des défenseurs acharnés de l’entité sioniste? bizarre, bizarrement bizarre!
    de là à admettre l’idée, pas du tout farfelue, que certains rêvent de l’instauration d’une nouvelle entité sioniste aux portes de la Grande Russie, il y a un pas que je franchirai sans nul doute.

      dz
      29 novembre 2022 - 16 h 59 min

      en quoi les sionistes sont nos cousins?

        Anonyme
        30 novembre 2022 - 2 h 26 min

        @DZ. Excellente question

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