Une contribution d’Ahcène Moussi – Notre pétrole, cette trappe à pauvreté…

La date du 24 février devrait s'inscrire à l'encre du pétrole. Elle restera, cependant, noire dans le cœur de nous autres Algériens, qui n'oublierons pas de sitôt ce que cette énergie fossile a causé comme dégâts dans notre pays. Certes, c'est une date symbolique et importante en même temps, puisque notre jeune République, âgée à peine de neuf ans en 1971, venait de prendre sa première et grande décision courageuse, qui est politique, souveraineté oblige, et économique, puisqu'elle conditionnera l'avenir de la nation. Notre République algérienne venait alors de prendre, définitivement, le contrôle des gisements gaziers, pétroliers et miniers (produits GPM), devenus, ainsi, sa propriété intangible. Et depuis, le temps passe, des milliers de milliards, en devises fortes, sont rentrés dans nos caisses. Et depuis, le temps passe, une expérience appréciable a été acquise par nos dirigeants. Ils ont surtout fait de bonnes et de mauvaises expériences, tout est relatif. Mais hélas !, que de leçons mal apprises ! Et depuis, le temps passe, les autres pays avancent et se développent, pourtant sans pétrole et sans grands moyens, doucement, mais sûrement. Oui, c'est vrai qu'ils se développent intelligemment, ces autres pays. Le secret, c'est qu'ils investissent dans l'homme, ce capital le plus précieux. Ils investissent dans le savoir. Oui, ils privilégient l'homme et le savoir ; en tout cas, l'un ne va pas sans l'autre. Et depuis, le temps passe, ces autres pays avancent grâce à cet homme et à ce savoir sur lesquels ils ont investi. L'homme chez eux n'arrête jamais de travailler et de penser à s'améliorer et à améliorer ce qu'il fait. C'est pour cela, d'ailleurs, que tout ce qu'il fait, il le fait bien. Surtout qu'il aime bien le faire. Oui, dans ces autres pays, c'est l'homme qui fait tout et c'est lui qui fait avancer son pays. Et depuis, le temps passe, les hommes de ces autres pays respectent la loi. C'est surtout tous les hommes, dans ces autres pays, qui respectent la loi. Elle est au-dessus de tous, cette loi, dans ces autres pays. C'est la loi qui fait la loi. C'est la loi qui veille à l'application de la loi. Elle veille aussi à la sécurité et au respect de l'autre, à la liberté d'expression… à toute cette chose démocratique, quoi. Même n'ayant pas de pétrole ou de produits GPM, ces autres pays avancent. Ils avancent bien, et surtout vite. Nous les voyons ces autres pays, nous assistons chaque jour à ce qu'ils font, ce qu'ils construisent, ce qu'ils produisent, ce qu'ils mangent, ce qu'ils exportent, etc. En tout cas, ces autres pays font tout, produisent tout, mangent de tout et exportent tout. Ils ont construit beaucoup d'universités, d'hôpitaux, de logements, de routes, etc. Aujourd'hui, ces autres pays sont devenus des géants internationaux de l'agroalimentaire. Ils disent que l'agriculture, c'est très important puisqu'elle permet, semble-t-il, de répondre aux besoins alimentaires et nutritionnels de leurs ressortissants. Plus encore, ils sont passés professionnels dans la biodiversité, ces produits organiques et naturels tant convoités, et dans l'élevage ovin, bovin et même de poules pondeuses. Pourtant, leurs territoires sont majoritairement montagneux. Ces autres pays nous parlent même d'investissements diversifiés. Oui, la diversification des investissements, eux la connaissent bien depuis déjà longtemps, alors, ils font avec. En tout cas, ces autres pays n'ont jamais compté sur le pétrole ni même sur le gaz, encore moins sur le gaz de schiste. Surtout qu'ils n'en ont pas ou en possèdent très peu. Ils se classent, malgré tout, parmi l’élite mondiale dans pratiquement tous les domaines de l'industrie. Qu'il s'agisse de l'aérospatiale, on trouve sur leurs territoires de grandes entreprises de fabrication d'avions et d'hélicoptères ; qu'il s'agisse de la fabrication d'équipements de travaux publics, de transport et de logistique, avec ces interminables chantiers de montage de grues, de bateaux, de grands camions, de locomotives, d'autobus et autres automobiles et véhicules légers ; qu'il s'agisse aussi de l'industrie pétrochimique, des plastiques, d'appareils médicaux ou de télécommunications.
Ces autres pays avancent et innovent. Ils s'aventurent même dans ce que nous considérons nous un «mythe». Pour eux, ce n'est pas du tout une aventure, c'est une réalité, puisqu'ils produisent et utilisent, aujourd'hui, diverses sources d'énergie : solaire, hydroélectrique, éolienne, à partir des plantes… Ces autres pays pensent même à notre avenir, à améliorer nos conditions de vie, puisqu’ils réfléchissent à comment nous éviter le réchauffement de la planète. Ils sont transparents, ils ne cachent rien, ils nous invitent souvent à assister à leurs conférences, à participer à leurs débats, même politiques, à visiter leurs pays. Ils appellent cette façon de faire du tourisme. Ça rapporte beaucoup d'argent, disent-ils, et ils sont passés maîtres dans le fait de voyager. Il faut surtout souligner que tout ce qu'ils ont fait a été fait non pas par bonté d'âme, mais dans une logique de répondre à tous les besoins de leurs peuples et ensuite de rentabilité et de compétitivité. Prenons le cas de la Norvège, pour ne citer que cet Etat. C'est un pays qui tourne à plein régime et dont les recettes pétrolières considérables n'ont pas causé, à terme, des problèmes économiques. Son succès n'est pas fortuit : l'adoption de politiques macroéconomiques stratégiques et diversifiées a fait de lui l'un des plus riches du monde sur le plan du produit intérieur brut (PIB) par habitant. Les dirigeants de ce pays ont su anticiper les répercussions potentiellement fâcheuses des fortes rentrées provenant des ressources naturelles et se prémunir contre elles. Bizarre, comme nous sommes piégés par ce pétrole, cette trappe à pauvreté ! Etonnant que nous n’ayons jamais pensé à copier ces autres pays. Que de leçons mal apprises par nos dirigeants ! Que de virages ratés ! Et pourtant, nous avons du pétrole, nous avons du gaz, nos recettes étaient gigantesques avec un pétrole qui oscillait entre 110 et 150 dollars le baril, pendant presque douze années de suite. Il y a ceux qui parlent de mille milliards de dollars, d'autres de huit cents milliards de dollars ou de sept cents milliards de dollars, amassés. Qui dit mieux. Non, ce n'est pas le jeu des chiffres et des lettres, ce sont de vrais milliards de dollars que nous avons encaissés des suites de nos exportations de pétrole et de gaz. En tout cas, nous ne risquons pas de nous tromper, puisque c'est la seule chose que nous produisons et c'est la seule chose que nous vendons, le pétrole et le gaz. Pourquoi, alors, n'avons-nous pas dépassé, ou tout au moins égalé, ces autres pays qui avancent ? Pourquoi cette crise aiguë de logements, d'hôpitaux, d'universités, chez nous ? Pourquoi tout coûte cher, alors que nos salaires stagnent ? Pourquoi cette loi des finances 2016 qui nous étrangle ? Pourquoi nous demander de serrer encore davantage nos ceintures ? Il semblerait qu'il y ait des choses qui nous échappent, que nous ne comprenons pas, nous autres, ce petit peuple. C'est la raison qui fait que nous n'avons jamais été impliqués dans tout ce qui engage l'avenir de notre pays. Il semblerait que seuls nos dirigeants comprennent tout, que seuls eux doivent décider à notre place et que seuls eux peuvent justifier et parler de vrais chiffres. Pour preuve, ils sont les seuls capables de lire, sans difficulté aucune, n'importe quel nombre, même avec douze, quinze ou dix-huit zéros à sa droite. Nos dirigeants nous ont bien expliqué que les divers amendements de Constitutions et la rédaction de certains articles qu'elles contiennent ont coûté très cher au pays. Nous comprenons donc pourquoi le seul article 51 a fait l'effet d'un tremblement de terre qui a secoué toute l'Algérie. Alors que son épicentre se trouverait, semble-t-il, à El-Mouradia, ses répercussions, par contre, ont été ressenties à l'étranger par toute cette diaspora de plus de 7 millions d'Algériens, qui a été bien secouée. A travers ces exemples, nous arrivons, plus ou moins, à comprendre où sont passés tous ces milliards de dollars dépensés par nos dirigeants. Nous n'avons donc pas à exiger toute cette démocratie, toute cette transparence, comme cela se fait dans ces autres pays qui avancent. Il y a naturellement le peuple algérien qui pense que ces nombreux milliards de dollars, ces produits de l'exploitation de notre pétrole et de notre gaz, sont accaparés par une poignée de privilégiés. Surtout que ces effets sont courants dans les quelques pays qui ressemblent au nôtre. Le peuple explique que les valeurs démocratiques et le respect de la primauté du droit laissent à désirer dans ces quelques pays et chez nous aussi. Il poursuit en relevant avec insistance que c'est notre système qui est, depuis longtemps, gravement malade. Le peuple estime qu'il n'y a pas de remède miracle à cela, il suffira de changer, de fond en comble, ce système dépassé et obsolète. Là, personnellement, je suis d'accord et j'embarque. Mais dites-moi au moins s'il en reste quelques petits milliards dans nos caisses aujourd'hui, pour nous permettre de voir par où et comment entamer la reconstruction de l'Algérie et rattraper ces autres pays qui avancent.
Ahcène Moussi
Président de la Mouvance migratoire Ô Canada

Commentaires

    Abada BenyoucefAlger
    25 août 2016 - 8 h 49 min

    Cher compatriote je cherche
    Cher compatriote je cherche une aide de votre part pour faire émigrer mon fils âge de 26 ans au Canada diplôme depuis 2013 en traduction sans emploi Nous vous solutions une solution de votre part Merci et salutations respectueuses




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