Exclusif – Mohamed Salem Ould Salek à Algeriepatriotique : «Il y a des dizaines de conseillers israéliens au Maroc» (II)

Mohamed Salem Ould Salek : «C’est la France que le peuple sahraoui combat à travers le Maroc». New Press

Algeriepatriotique : Où en est le dossier sahraoui ? Y a-t-il eu de nouveaux développements depuis la dernière visite du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon ?

Mohamed Salem Ould-Salek : On est aujourd’hui devant la volonté du Conseil de sécurité de vérifier si sa résolution adoptée en avril dernier a été appliquée. Le Conseil a demandé au secrétaire général de l’ONU de lui faire un rapport concernant le retour du personnel de la Minurso, c’est-à-dire si le Maroc a accepté ou non, et dans quelle mesure la Minurso est-elle, aujourd’hui, opérationnelle pour continuer le travail pour lequel elle a été mandatée. La résolution du Conseil n’a pas été appliquée du moment que le Maroc refuse toujours la négociation. Il se dérobe et refuse de s’asseoir à la table des négociations. Justement, la manœuvre de son souhait d’adhérer à l’UA entre dans ce contexte. Le Conseil de sécurité a décidé qu’un round de négociation doit se faire pour l’application de la résolution, qui stipule une solution politique garantissant l’autodétermination du peuple sahraoui. Les Nations unies se trouvent, aujourd’hui, dans une situation un peu délicate. Parce que le Conseil de sécurité, qui est le garant de l’application du plan du règlement que nous avons, nous et les Marocains, signé en 1991 et qui a été endossé, à l’unanimité, par le Conseil, se trouve aujourd’hui bloqué. Parce qu’aussi, le Conseil de sécurité qui était le garant se retrouve partie prenante du problème. A l’intérieur même de ce Conseil, il y a un blocage. Il y a des complicités avec le Maroc, notamment la France. De ce fait, la question sahraouie est traitée avec une politique du deux poids deux mesures. Et comme je l’ai dit plus haut sur les lobbies soutenant le Maroc, Marrakech et la Mamounia sont la destination de beaucoup de responsables étrangers qui ont leur mot à dire dans la politique internationale, d’où ce blocage.          

Le défunt Mohamed Abdelaziz considérait le renvoi par Rabat de la Minurso comme une déclaration de guerre contre le Front Polisario. Comment interprétez-vous cet acte provocateur du Makhzen ?

J’ajouterai qu’il s’agit d’un acte d’agression et de guerre, pas uniquement contre le peuple sahraoui, mais contre toute la communauté internationale. Parce que c’est la communauté internationale, les Nations unies et le Conseil de sécurité, qui sont les garants de l’accord que nous avons signé avec la partie marocaine. Aujourd’hui, la balle est non seulement dans le camp du Maroc, mais aussi dans le camp du Conseil. Le Conseil est garant de la paix et de la sécurité internationale, et c’est à partir de cela que le Conseil est mandaté par la Charte de l’ONU pour faire appliquer la résolution. En principe, une fois l’accord signé entre le Front du Polisario et le Maroc en 1991, sous les auspices de l’UA et de l’ONU, et est accepté, le Conseil de sécurité, qui a les moyens financiers et militaires, était chargé d’appliquer l’accord. Son rôle, à ce moment-là, entre dans le cadre du maintien de la paix. Le mandat de la Minurso, quant à elle, n’est pas le maintien de la paix, mais plutôt l’organisation du référendum, et pas de référendum sans cessation des hostilités. Tout a été préparé pour cela, même la liste des votants, mais quand le Maroc a vu que les colons marocains transférés vers les territoires occupés ont été refusés par les Nations unies, il a fait machine arrière. Mais Hassan II, intelligent, même agresseur, n’a jamais dit qu’il n’irait pas vers un référendum. Il a toujours laissé la porte entrouverte, sachant la pression internationale et le fait qu’il n’a pas pu battre le Polisario sur le plan militaire et le fait aussi qu’il ait été isolé sur le plan régional. Il a par contre toujours dit : «Si les Sahraouis décident d’être indépendants, je serais le premier à nommer un ambassadeur et l’envoyer à leur capitale.» Son fils, qui était dans des affaires autres que les affaires d’Etat, avec des conseillers qui n’ont aucune expérience, a pris une décision grave pour le Maroc et pour la communauté internationale, à savoir refuser d’aller vers le référendum. Depuis 2004, le Maroc essaie de convaincre et dit vouloir donner l’autonomie au peuple sahraoui. Seulement, la communauté internationale a refusé. Le Maroc se retrouve avec un enfant illégitime entre les mains ; personne n’accepte l’autonomie, ni le Sahara Occidental ni l’ONU. Le résultat est catastrophique pour le Maroc. Le peuple sahraoui est plus que jamais uni, plus que jamais déterminé pour continuer son combat. La communauté internationale n’acceptera jamais le fait accompli marocain qui met en cause les fondements de l’Union africaine et de l’ONU. Il faut que certains grands de ce monde, et qui détiennent le droit de veto, cessent cette politique du deux poids deux mesures. Le peuple sahraoui ne combat pas uniquement le Maroc, mais plutôt un autre pays à travers le Maroc qui est la France. Cette dernière est mieux habilitée à aider le Maghreb et à installer la paix. Pourquoi, donc, veut-elle voir le Maghreb déstabilisé en soutenant le Maroc ? Tous les chefs d’Etat français, depuis Giscard jusqu’à aujourd’hui, prétendent que la question sahraouie est une question difficile et compliquée. C’est la France qui la rend difficile et compliquée, et la communauté internationale dit le contraire : c’est une question de décolonisation et d’autodétermination. Les Marocains, de leur côté, prétendent que le référendum est difficile à organiser, car on ne sait pas qui est qui, ce sont des nomades qui viennent de toute part, etc. C’est complètement faux. Le Sahara Occidental était colonisé par l’Espagne, un pays qui était sous régime militaire. Tous les Sahraouis ont été identifiés, et fichés chez le colonisateur. Et l’Espagne a remis ces fichiers nominatifs des Sahraouis aux Nations unies.

Un retour à la lutte armée est-il envisageable dans le cas où le Maroc persévérerait dans ses manœuvres dilatoires qui retardent la tenue du référendum et, donc, l’indépendance du Sahara Occidental ?

Les Nations unies travaillent pour la décolonisation de notre pays. La dernière visite du secrétaire général de l’ONU le prouve. Le bras de fer qui existe aujourd’hui entre le Maroc et l’ONU le prouve aussi. La sagesse sahraouie et la manière de faire des choses des Sahraouis a fait que le Maroc se retrouve en confrontation avec l’ONU et l’UE. J’imagine que certains soutiendront les Sahraouis s’ils reprennent les armes, alors que d’autres diront que nous sommes pressés et que nous ne voulons pas laisser les Nations unies faire leur travail. Nous avons attendu vingt-cinq années. C’est beaucoup et c’est pour cela que les Sahraouis sont, aujourd’hui, unanimes pour le retour à la lutte armée. Je vous assure que si la situation n’évolue pas, la guerre va revenir au galop. Les hostilités militaires vont reprendre. Dommage, parce que les Nations unies n’ont pas assumé leurs responsabilités, parce que personne ne peut convaincre les Sahraouis d’attendre plus.

Israël vient de formuler une demande pour l’obtention d’un statut d’observateur au sein de l’UA. Quelles sont les raisons qui se cachent derrière une telle demande, selon vous ? De nombreux observateurs n’excluent pas l’existence d’un lien direct entre cette demande et celle formulée par le Maroc. Y a-t-il effectivement une corrélation entre ces deux démarches quasi simultanées ? 

La demande d’Israël est liée à celle du Maroc. Quand le Maroc demande d’adhérer à l’UA, sachant que la République sahraouie est membre fondateur, que l’acte constitutif de l’organisation ne prévoit pas l’expulsion ou la suspension et qu’il exige que l’on respecte les frontières héritées de l’époque coloniale, tout ce cinéma est juste pour créer la déstabilisation et la division de l’Union africaine. La même chose pour Israël qui demande un statut d’observateur, lequel statut est donné à une multitude de pays dans le monde. Les choses sont liées dans une certaine mesure, Israël soutient le Maroc parce que ce dernier ne fait que l’imiter à travers son comportement dans les territoires occupés. Même les lobbies qui travaillent pour Israël font la même chose pour le Maroc. Mais, concrètement, il y a des dizaines de conseillers israéliens au Maroc qui sont dans les services de renseignement et dans l’armée. Par conséquent, ce sont eux les faiseurs, avec les conseillers du roi, de la politique intérieure et extérieure du Maroc. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que le Maroc avait renoué, d’une manière rapide, avec Israël. Il n’y a qu’à lire la presse marocaine qui parle de la facture des importations marocaines en provenance de l’Etat hébreu qui frôle les 400 millions de dollars. Il y a une politique de rapprochement très apparente entre les deux pays. Aussi, les militaires israéliens les plus extrémistes sont des séfarades marocains. Il est clair, aussi, que lorsque les Marocains ont visité l’Afrique, Netanyahou a fait de même. Les deux délégations se trouvaient, au même moment, dans les mêmes capitales. C’est pareil pour les rencontres entre les Israéliens et Saoudiens. Ce n’est nullement un hasard que le Maroc demande l’adhésion à l’UA et qu’Israël souhaiterait un statut d’observateur. Leur objectif, je le répète, est d’affaiblir l’UA. Cette dernière est devenue un acteur très important au sein des Nations unies et de la communauté internationale. A la conférence de la Cop21, à Paris, la position africaine a fait la différence. C’était le seul groupe à être ferme et unanime. Plus que l’Asie et l’Amérique latine vis-à-vis de l’Europe et des Etats-Unis. Sur le plan du commerce international, l’Afrique est une région qui parle d’une même voix et qui est très bien représentée aux Nations unies. Depuis deux ans maintenant, l’UA a demandé à l’ONU que l’on arrête une date pour le référendum sahraoui. Elle a demandé l’arrêt de l’exploitation des richesses du Sahara Occidental. Pour le Maroc, l’Afrique est devenue un danger réel, donc, s’il est impossible de l’arrêter de l’extérieur, il faudrait l’attaquer de l’intérieur. Seulement, ils n’atteindront jamais à leur but, car il s’agit d’une question très claire. Le Maroc a perdu ses soutiens des années 80 et 90.      

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi 

(Suite et fin)

Lire aussi : Exclusif – Mohamed Salem Ould-Salek à Algeriepatriotique : «Le Maroc est complètement dans le désarroi» (I)

Comment (84)

    Laetizia
    29 juillet 2016 - 22 h 08 min

    il est évident que la france
    il est évident que la france « tire les marrons du feu » de cette occupation aux seules fins de pillage des richesses de la terre sahraouie! il faut mobiliser l’opinion publique française en faisant connaître votre cause en france même, parmi les français il y a les bons et les mauvais comme partout, ils vous écouteront et certains vous épauleront, c’est sûr comme cela a été le cas pour le peuple algérien ! les français sont un peuple attachant et sincère qui a une grande histoire révolutionnaire qu’il chéri et entretient scrupuleusement, votre message sera entendu c’est sûr ! d’ailleurs la majorité ignore tout de ce problème à cause du silence des médias complices ! faîtes du bruit, ne vous laissez pas impressionner par les glaouis en babouches, battez vous ! il faut mobiliser vos alliés pour l’action diplomatique et mobiliser vos hommes et femmes pour des actions de guerre! il n’y a aucune autre solution! vous y arriverez c’est la foi du juste qui vous guidera jusqu’au bout du chemin!




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    Laetizia
    29 juillet 2016 - 22 h 08 min

    il est évident que la france
    il est évident que la france « tire les marrons du feu » de cette occupation aux seules fins de pillage des richesses de la terre sahraouie! il faut mobiliser l’opinion publique française en faisant connaître votre cause en france même, parmi les français il y a les bons et les mauvais comme partout, ils vous écouteront et certains vous épauleront, c’est sûr comme cela a été le cas pour le peuple algérien ! les français sont un peuple attachant et sincère qui a une grande histoire révolutionnaire qu’il chéri et entretient scrupuleusement, votre message sera entendu c’est sûr ! d’ailleurs la majorité ignore tout de ce problème à cause du silence des médias complices ! faîtes du bruit, ne vous laissez pas impressionner par les glaouis en babouches, battez vous ! il faut mobiliser vos alliés pour l’action diplomatique et mobiliser vos hommes et femmes pour des actions de guerre! il n’y a aucune autre solution! vous y arriverez c’est la foi du juste qui vous guidera jusqu’au bout du chemin!




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