L’Opep doit «s’énergiser»

Par Ahcène Moussi – Christophe Colomb est reconnu comme le premier Européen à «découvrir l’Amérique», une certaine nuit du mois d’octobre 1492. Cette dcouverte consacre la fin de l’ère moyenâgeuse et l’entrée des peuples du monde dans celle des temps modernes. L’Américain Edwin Drake, quant à lui, n’a pas la même chance d’être considéré comme un grand de son époque. Il est resté encore méconnu de nos jours. Pourtant, il aurait été le premier homme américain à l’origine de l’extraction du pétrole, pour la première fois en août 1859, après avoir foré un puits d’une profondeur de vingt mètres seulement. Drake, malgré sa grande découverte, n’a pourtant jamais été glorifié ni décoré et il s’est encore moins enrichi. Il était resté ce modeste chauffeur d’une petite compagnie, dans sa ville de Titusville où la première usine de raffinage de pétrole des Etats-Unis a vu le jour.

Et voilà que cet or noir, qui a sans nul doute émerveillé et transformé le monde, est resté durant plusieurs décennies un important facteur causal dans la majorité des conflits internationaux. Il est devenu cette chose qui a généré de nombreuses tensions.

Rappelons-nous cette attaque surprise par les Japonais, en 1941, de la base navale américaine de Pearl Harbor ou encore cette opération Edelweiss, lorsque les Allemands, en 1942, voulaient s’emparer des champs de pétrole du Caucase, la guerre du Biafra, la guerre Irak-Iran des années 1980 et, récemment, l’invasion du Koweït par l’Irak, l’occupation du Timor jusqu’en 2003 par l’Indonésie, etc.

Autant le pétrole a fait avancer le monde sur le plan technologique, infrastructurel et matériel, autant il a nourri des régimes corrompus, des dictatures et a fait reculer la société sur le plan moral, social et du vivre-ensemble. Il a beaucoup plus appauvri qu’il n’a enrichi. Il a été autant ce pyromane qui enflamme les guerres que ce pompier qui sait faire «cesser» le feu.

La création, en 1960, de l’Organisation des pays exportateurs du pétrole (Opep), composé majoritairement par des pays arabes, a été réalisée sur fond de crise politique au Moyen-Orient. Des arrière-pensées et des «petites politiques» avaient pris le dessus sur les aspects économiques et de développement. Les pays arabes membres de l’Opep n’avaient à aucun moment pour objectif de s’entendre pour coordonner et contrôler leur production et faire monter ainsi les prix, de sorte à disposer de ressources financières suffisantes, afin d’investir dans le savoir, la technologie, l’investissement productif et l’émancipation de la société.

Rappelons-nous, déjà en 1973, lors de la guerre de Kippour au cours de laquelle les pays occidentaux soutinrent Israël. En guise de réponse, ces pays arabes avaient alors instauré un embargo afin d’enflammer les prix de cette énergie pour affaiblir l’économie occidentale.

Dans la pratique, l’Opep n’a jamais décidé, quand il s’agit du pétrole (quotas, prix ou autres…), sans obtenir l’aval de certaines puissances occidentales, surtout celui des Etats-Unis. Nous avons moult fois assisté à de grandes divergences de vues entre ses membres, dans bien des cas entre leaders de pays arabes, qui brandissent à chaque fois l’arme du pétrole pour des histoires de leadership ou d’intérêts géopolitiques dans la région du Moyen-Orient notamment.

Entretemps, les grands pays consommateurs de pétrole n’ont pas perdu leur temps. Alors que les pays arabes se déchiraient et faisaient dans la guéguerre éternelle, eux n’arrêtaient pas de travailler, de creuser, fouiller, bêcher… afin de constituer d’énormes stocks de sécurité, de découvrir et de forer de nouveaux puits de pétrole et de gaz, d’innover en matière d’énergies renouvelables et de se lancer dans l’exploitation et la commercialisation des hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste). A l’exemple des Etats-Unis qui étaient pendant longtemps importateurs, lesquels deviendraient sans nul doute exportateurs absolus, dans quelques années ; une hypothèse inimaginable avant l’arrivée du pétrole de schiste.

L’Opep ne peut plus se réjouir de sa position dominante d’antan. Elle n’est plus, cependant, cet acteur principal sur le marché pétrolier. Elle doit vite «s’énergiser»’ en changer de fond en comble sa stratégie actuelle, si elle veut redorer son blason et pouvoir exercer, quelque peu et pendant quelque temps encore, son influence sur le marché énergétique mondial. Elle se doit d’ouvrir grandes ses portes afin de renforcer ses rangs, par l’adhésion des puissances pétrolières, à l’image des Etats-Unis, de la Russie, du Canada, du Brésil, de la Chine… C’est l’une des options qu’elle se doit d’envisager et de prendre au sérieux. A défaut, c’est toute son organisation et sa «plate-forme» qui disparaîtront dans le court terme. Surtout que les grandes réserves de pétrole sont en passe de connaître une nouvelle cartographie.

Selon beaucoup de spécialistes, elles se trouveraient dans les profondeurs des eaux, au cœur même des océans. Et quand on sait que plus de 70% de la planète est constitué d’eau, l’avenir appartiendra donc à ceux qui se préparent pour cette nouvelle et importante «bataille maritime». Ces mêmes spécialistes estimeraient les réserves pétrolières du seul océan Arctique, beaucoup plus grandes que celles de tout le Moyen-Orient et qu’en outre, le réchauffement climatique contribuera, dans une bonne proportion, à faciliter les forages en mer. Une des raisons, possiblement, qui fait que Pékin est en train d’affirmer chaque jour un peu plus sa dominance sur la Mer de Chine méridionale, en s’efforçant de développer ses infrastructures maritimes et ses forces de défense navales.

A la lumière de toutes ces politiques économiques sur le plan énergétique et de ces indicateurs géopolitiques, on est en droit de penser qu’une baisse du prix du baril, encore plus prononcée, se produirait dans les trois ou quatre prochaines années.

Pour l’heure, en tout cas, c’est toute l’économie mondiale qui avance timidement. Elle est presque en état de stagnation, jusqu’à tourner le dos à ce pétrole qui la nourrit, alors que, paradoxalement, l’offre ne cesse d’augmenter sous l’effet de cette production quasi record, plus de 900 000 barils par jour sur un an, par les seuls pays de l’Opep.

Ce sont alors toutes les conditions qui sont réunies pour une évolution à la baisse des prix de l’or noir. Cette situation n’arrange pas du tout les pays membres de l’organisation, majoritairement «rentiers», en quête de liquidités et de réserves de change, pour leur permettre d’être aux rendez-vous de leurs objectifs assignés et d’éviter le risque de l’explosion sociale.

Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, en tout cas, la réunion informelle de l’Opep, du 26 au 28 septembre, à Alger, ne sera que le reflet de la politique économique de cette organisation, autant sur le plan local que sur celui de l’échiquier international. Ce qui est certain aussi, c’est que l’Opep avance à reculons. Elle a perdu des plumes, passant de la catégorie poids lourd à celle de poids moyen, voire même welters.

Est-ce, alors, le scénario de cette montagne qui a accouché d’une souris, auquel nous aurons droit lors de ce rendez-vous d’Alger ? C’est tout comme.

Ahcène Moussi
Economiste et président de la Mouvance Migratoire Ô Canada

Comment (3)

    Moumouh
    23 septembre 2016 - 14 h 02 min

    Le pétrole petrae oleum «
    Le pétrole petrae oleum « huile de pierre » n’a pas été découvert par les occidentaux, 4000 ans avant J.-C. il était déjà utilisé sous forme de bitume en Irak. Il servait entre autres à enduire les embarcations de roseaux pour les rendre étanches. Babylone s’en servait pour la construction, outre les flèches enflammées lors des guerres. Les égyptiens momifiaient leurs morts avec des substances dont le bitume. Ce matériau servit à mettre le feu à Carthage. On peut remonter jusqu’à la préhistoire, les hommes de ce temps-là s’éclairaient à l’aide d’huile minérale récoltée dans les nappes de pétrole qui effleuraient le sol. Les hydrocarbures sont présents jusque dans les hormones qui permettent de concevoir les bébés. Le pétrole de l’Opep ce n’est pas seulement l’essence des voitures ou celui des aéronefs, c’est toutes les petites choses de la vie courante, qui vont des bas en nylon, les emballages en matière plastique, le polyester,le polystyrène, le Pvc, etc. Sans le pétrole c’est la marche à pied ou le vélo. Le prix de l’or noir c’est d’abord tout çà, permettre aux occidentaux de fonctionner et à Chakib Khalil et à nos crétins nationaux de s’enrichir…




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    faiza
    23 septembre 2016 - 8 h 49 min

    magistral! excellente analyse
    magistral! excellente analyse de Mr Moussi




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      A. Moussi
      23 septembre 2016 - 23 h 25 min

      Merci de nous rendre compte
      Merci de nous rendre compte que nombreux sont celles et ceux qui les choses presque de la même façons que nous autres. Merci Faitza. Je suis la personne qui a rédigé la lettre que tu as bien voulue apprécier. [email protected]




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