Dialogue des civilisations à Marseille : des thématiques graves sans langue de bois

Le président de l'Ufac, Abdelkader Haddouche, avec Yves Bonnet et Ali Haroun. D. R.

De notre envoyé spécial à Marseille – La quatrième édition du «Dialogue des cultures et des civilisations», tenue hier à Marseille, dans le sud-est de la France, a confirmé la vocation intellectuelle humaniste de ce rendez-vous fraternel organisé par l’Union des universitaires franco-algériens (Ufac). C’est le député de l’immigration, le docteur Abdelkader Haddouche, président de l’Ufac, qui ouvre le débat en posant la problématique : «Qu’est-ce que la Méditerranée ? Quels sont les enjeux qui justifient notre réunion ? Voilà en partie le sujet qui nous réunit aujourd’hui», annonce-t-il devant près de deux cents personnes venues des quatre coins de la France et de l’Algérie pour assister à la conférence. Les intervenants, érudits et tous convaincus de la nécessité d’un rapprochement gagnant-gagnant des deux rives de la Méditerranée, vont, en un temps de parole très court, réussir un rappel historique sur les relations Nord-Sud, l’examen de l’actualité, le diagnostic des grands défis posés aux Etats et à leurs peuples, en même temps que la suggestion de pistes optimistes pour construire «un pont» au lieu d’une «muraille».

Apaisement des mémoires contre choc des ignorances

Deschamps, grand ami de l’Algérie indépendante ayant soutenu la lutte de libération nationale, s’autorise une évaluation plus que positive de l’évolution de l’Algérie postcoloniale, en insistant sur l’extraordinaire développement, au point d’irriter certains dans l’assistance, lui reprochant une description trop complaisante de la situation socioéconomique du pays. Soulignant l’importance de la «Déclaration d’Alger» lors de la visite de François Hollande en Algérie et le nouveau partenariat d’exception, ou le «retour à la paix grâce à la politique de réconciliation nationale de Bouteflika qui porte ses fruits», le conférencier termine son exposé en souhaitant des gestes forts du côté français. «Transfert technologique, décontamination nucléaire du Sahara et indemnisations, déminage, échanges culturels plus importants, soutien aux négociations de l’Algérie avec l’UE.»

Le père Christophe Roucou s’interroge, pour sa part, sur la question des identités, en n’hésitant pas à se prendre comme cobaye. «Je ne suis pas que chrétien, mais un chrétien qui a étudié la langue arabe et vécu dans différents pays.» Un exemple pour expliquer que la croyance n’est pas la totalité de l’identité d’un individu et qu’il n’y a pas, selon lui, de fracture religieuse entre les communautés, mais que c’était en réalité un formatage des esprits résultant des caricatures véhiculées par les médias, la classe politique… Et de défendre l’idée d’un apaisement des mémoires au lieu «du choc des ignorances» appelé choc des civilisations. Le père Roucou appelant à une meilleure connaissance de la «tradition de l’autre» pour une convergence humaniste.

Un point de vue que partage, bien entendu, l’exégète Ghaleb Bencheikh, islamologue éclairé, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, réaffirmant son credo en faveur de la «solidarité dans la quête de sens pour l’avenir». Le penseur musulman, et pas moins animateur sympathique d’émissions cultuelles, s’efforce de montrer comment l’altérité peut aider à mieux se connaître et découvrir sa propre identité.

C’est alors au tour du doyen de la conférence, l’illustre Ali Haroun, ancien ministre algérien des droits de l’Homme, auteur de plusieurs ouvrages sur la révolution et l’Algérie indépendante, avocat de profession, qui plaide pour l’instauration d’une véritable démocratie en Algérie, notamment, nécessaire à de meilleures relations entre les deux rives. Illustrant son propos par le drame des harraga toujours d’actualité, toutes catégories de personnes confondues, l’ancien cadre de la Fédération de France du FLN dénonce la loi algérienne de 2009 considérant la tentative désespérée de quitter le pays comme un délit. Notons au passage que l’ex-membre du HCE, revenant sur la polémique mensongère du «qui tue qui ?», a précisé que le nombre de victimes de la décennie noire avoisinait les «70 000 morts et non pas 200 000 ni 300 000 personnes tuées, comme on l’a entendu dire».

Des élites intolérantes et xénophobes

La deuxième partie de la conférence a donné la parole à Edwy Plenel, le journaliste d’investigation qui a créé le journal en ligne Mediapart, connu pour son intransigeante indépendance vis-à-vis du pouvoir ou des chapelles partisanes et à l’origine de moult révélations en matière d’abus de la part de hauts responsables, tel l’ex-ministre français Cahuzac qui a dissimulé de grosses sommes d’argent sur des comptes bancaires suisses. Pour Plenel, les identités sont multiples et à assumer sans purisme ni reniement. «Il faut se mettre en marche tous ensemble contre les inégalités, en regardant vers l’horizon (…) et dire aux puissants qui nous poussent au déchirement à l’intérieur de la communauté nationale unie que leur agenda n’est pas le nôtre et que nous avons une autre ambition pour le monde et les deux rives de la Méditerranée que celle de rapports dominants-dominés.»

Appuyant son propos avec moult citations d’hommes ou de femmes politiques, Edwy Plenel démonte patiemment le discours fascisant normalisé en France ces dernières années. Orateur au souffle incroyable, griot de la résistance démocratique, le journaliste chevronné provoque, lui aussi, des applaudissements nourris dans la salle.

On aura aussi apprécié le savant diagnostic du professeur Chems-Eddine Chitour de l’Ecole polytechnique d’Alger en matière de mutation énergétique qui s’impose avant que la planète ne pâtisse de sa surexploitation. Puis vint le témoignage poignant de l’ex-ministre français issu de l’immigration, le brillant chercheur en sciences sociales Azouz Begag, auteur prolixe mêlant humour et dénonciation contre une République française qui n’aime pas ses citoyens d’origines étrangères. Pour l’ex-ministre délégué chargé de la Promotion des chances dans le gouvernement Villepin, ce sont les élites qui sont xénophobes et intolérantes. De nombreuses anecdotes apportent la preuve des pratiques scandaleuses de hauts dignitaires de la République française. Nous y reviendrons dans l’interview qu’il a bien voulu accorder à Algeriepatriotique.

La quatrième édition du «Dialogue des cultures et des civilisations» n’a pas trahi sa réputation, en abordant sereinement les thématiques graves sans langue de bois devant un public toujours nombreux et grâce au remarquable tact du modérateur, Mohamed Boudjellaba, élu à la mairie de Givors. Notons l’absence du ministre algérien des Affaires religieuses et des Wafks et d’Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, retenus par d’autres obligations. On aura aussi remarqué la défection du nouveau consul algérien en poste à Marseille, alors que son prédécesseur ne manquait jamais le rendez-vous.

Akli Tira

Comment (4)

    salahi
    16 novembre 2016 - 8 h 51 min

    mr. Haddouche j’ai honte d
    mr. Haddouche j’ai honte d’assisté a un débat qui intituler dialogue de civilisation alors q’il invite que ceux qui insulte et critique l’Algérie visionner les vidéos de sa conférence ca ne m’ettone pas que le consul générale ne participe pas 2 il fait toujours ces conférence à l’approche des élections législatives pour leurs demander leurs soutiens en plus toujours un directeurs dès renseignements généraux francais presnt.a ses conférences




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    Aziz le Chéllalien
    14 novembre 2016 - 11 h 48 min

    C ‘est beau ce qu’ a dit le
    C ‘est beau ce qu’ a dit le père Christophe Roucou

    la croyance n’ est pas la totalité de l’identité d’un individu et qu’il n’y a pas de fracture religieuse entre les communautés, mais que c’était en réalité un formatage des esprits résultant des caricatures véhiculées par les médias, la classe politique…

    ça résume tout !!!!!! et mis fin à tout amalgame sur le choc des civilisations




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    Anonymous
    14 novembre 2016 - 9 h 16 min

    Bonjour, Pourquoi vous mêler
    Bonjour, Pourquoi vous mêler l’algérie dans vos soucis? ! trop c’est trop, Pourquoi vous mêler pas israel ou l’amérique ou autre que notre
    pauvre état et peuple sucer au sang, qui êtes vous?




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    Erracham
    14 novembre 2016 - 1 h 19 min

    Une des thématiques de ce
    Une des thématiques de ce genre de rencontre aurait dû poser la question de savoir comment la Méditerranée qui avait vocation à être un lac de paix est devenue subitement une zone de conflits (Libye, Syrie)? On aurait dû situer les responsabilités en dénonçant les agissements de Sarkozy et Hollande adoubés par le CRIF. Toutes ces personnalités auraient dû interpeller les peuples du nord pour dénoncer leurs hommes politiques (rêvant d’une réédition d’une campagne coloniale) pour les amener à changer de cap, sinon, toute la région s’embrasera et tout le monde perdra. La paix est à ce prix!




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