Comment as-tu osé, Braham ?

Par M. Aït Amara – Ainsi donc, toi, le ponctuel, le pointilleux, tu as quitté ta brigade avant l’heure. Sans m’avertir que tu allais être absent. Pour toujours. Ainsi donc, tu as abandonné ton poste, laissé tomber tes lettres, quitté ton clavier sur lequel tes doigts jouaient la musique des mots. Ainsi donc, tu as déserté le lieu où ton rire sarcastique brisait le mur de nos faiblesses quand tu détectais nos imperfections et nous sermonnais en silence à travers ton rappel à l’ordre grammatical. Ainsi donc, nous ne te retrouverons plus sur notre chemin lorsque nous aurons fait se retourner Molière dans sa tombe. Ah, la tombe ! C’était donc ça ! Tu étais pressé de rejoindre celui dont tu maniais la langue avec majesté.

Comment as-tu osé partir sans me prévenir ? Sans que tu aies rempli les formalités de circonstance ? Comment as-tu osé démissionner de la vie alors que le site que tu as vu naître et dont tu as entendu le premier cri te pleure ? N’avais-tu donc pas de cœur ? Comment as-tu osé tourner le dos à ton enfant de cinq ans à peine pour aller te prélasser là-bas, je ne sais où, t’amuser à quelque joute verbale avec je ne sais quel autre génie du syllogisme, et nous regarder d’en haut par-dessus l’épaule ? Qu’est-ce que c’est que cette arrogance, Braham ? N’étions-nous pas assez instruits à tes yeux pour que tu restes encore avec nous le temps d’une dernière correction ? Tu étais si pressé de t’éloigner des imprécis que nous sommes, toi, le méthodique, le rigoureux, le soigneux ?

Comme tu vois, mon cher Braham, je n’ai pas changé ; je te harcèle jusque dans ta tombe pour te fatiguer avec mes remontrances intempestives et mes colères incontrôlées. Comme tu vois, je ne te laisse pas reposer en paix. Car je n’arrive pas à admettre ton absence orgueilleuse.

Ton «directeur»,
M. Aït Amara

Comment (4)

    Meziani
    29 janvier 2017 - 11 h 33 min

    Oui il a peut être osé comme
    Oui il a peut être osé comme vous le dites, mais a t’il vraiment osé?. Est ce la vie, le temps, la mort et la maladie nous laissent ce pouvoir de choisir, d’oser arrêter le temps, préserver sa vie, enjamber la mort et combattre toutes les maladies?
    Braham a essayé de combattre la maladie, de vaincre la mort, mais ces deux variables nous laissent- elle la chance de choisir? . Avec le temps qui ne s’arrête jamais, c’est un combat dur, perpétuel et dont le dénouement est toujours incertain. Braham, mon beau frère a été un bon mari, un bon papa, un ami, un vrai …..pour beaucoup, mais ni sa femme, ni ses enfants, ni ses amis n’ont pu le garder parmi nous.
    Je sais une chose, il a appris avec sa maladie a mieux nous connaître , nous les membres de sa famille et vous me l’avez décrit comme un grand homme, un excellent collègue et tout simplement un humain avec un grand H..
    Oui je comprends votre douleur, même votre colère, et vos mots intempestifs ne sont que le reflet d’une grande amitié.
    Merci pour votre présence pendant tout ce périple douloureux, vous kahina et tous les autres , merci pour les mots gentils que vous nous avez prodigués tous les jours, juste merci pour lui, ma soeur et ses enfants. Nous avons tous mal, mais le temps qui ne s’efface jamais, mais il arrive à effacer tous les maux. Reposes en paix cher braham. Mina meziani

    Akli Tira
    28 janvier 2017 - 14 h 48 min

    C’est vrai que ce haut texte
    C’est vrai que ce haut texte d’amitié est très touchant.
    Hommage à un ami et à son savoir, sa culture partis avec lui.
    En ces temps de disette intellectuelle, pleurer le départ de femmes ou d’hommes d’esprit, c’est un autre signe d’amour pour notre pays.
    Merci, monsieur « le Directeur ». Pour Braham et pour l’Amitié.

    Boulaouane
    28 janvier 2017 - 11 h 12 min

    Hommage à Braham
    Tristesse qui m’inonde,
    Coule donc de mes yeux,
    Coule comme cette onde
    Où la terre féconde
    Voit un présent des cieux !

    Et n’accuse point l’heure
    Qui te ramène à Dieu !
    Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
    Il faut que l’homme pleure
    Ou l’exil, ou l’adieu !
    Lamartine
    Je partage votre tristesse, je regrette de ne pas pouvoir venir vous soutenir sur place.

    Lady Faria
    28 janvier 2017 - 8 h 01 min

    Quand sonne l’heure…
    Bonjour M. Aït Amara. Votre chagrin est légitime, vos reproches affectueux à celui qui vous a été si cruellement enlevé sont un cri d’amitié et de gratitude qui lui vont droit à l’âme, car chaque ligne, chaque mot de votre hommage poignant lui parviennent avec la même émotion qui nous saisit, nous vos lecteurs, en parcourant ces lignes. Oui, il est parti, il a osé. Avant l’heure. Mais vous savez, la vie est comme ça, imprévisible, audacieuse, indomptable ! Elle vous prend aujourd’hui ce qu’elle vous offrait hier, elle vous prend, tout court si ça lui chante, car elle a tous les droits. Alors oui, Braham est parti, sans prévenir. Non qu’il filait en douce, mais quand sonne l’heure, on doit y aller, sur-le-champ, car elle n’attend pas et c’est elle qui nous prend. Alors on part sans même dire adieu et on laisse derrière nous des êtres qui nous pleurent, des cœurs dévastés.
    M. Aït Amara, votre ami vous manquera, longtemps, toujours, il manquera à ceux qui le chérissent, mais sachez qu’il nous manque déjà à nous aussi, vos lecteurs. Ah ! Que j’aurais aimé connaître ce grand monsieur !

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