Projet «caché»

Par Kamel Moulfi – Comme les commerces dans les deux filières «rentables» durant le Ramadhan et à l’occasion de l’Aïd El-Fitr – alimentation et vêtements –, les chaînes de télévision profitent à fond de ce mois pour faire le plein de publicité. Il leur suffit de savoir remplir leurs programmes d’émissions «racoleuses» qui attirent le plus de monde et atteignent de bons scores d’audience leur permettant de gagner les faveurs des annonceurs. Le filon le plus facile à exploiter est celui de la «caméra cachée», et certaines chaînes n’ont pas pu s’empêcher d’en abuser, si l’on se réfère à l’affaire Boudjedra.

L’éthique et la déontologie ne font pas le poids face aux considérations commerciales, qui placent en priorité les recettes publicitaires, source d’enrichissement rapide. Certes, le secteur audiovisuel n’est pas le seul concerné par les dérives, mais le scandale provoqué par l’affaire Boudjedra a montré les graves dangers que les chaînes de télévision, surtout celles qui opèrent en dehors du secteur public, font courir à la société algérienne. Les balises ont-elles été posées de façon suffisamment visibles, comme il se doit, par l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav) ? Le spectacle qu’offrent certaines chaînes prouve que l’institution chargée de surveiller le champ audiovisuel a été quelque part défaillante et a manqué de vigilance.

Le communiqué décevant publié par l’Arav après l’affaire Boudjedra pousse à s’interroger si réellement les leçons en sont tirées, alors que sa signification dépasse la seule dérive professionnelle dans une émission de divertissement. Les «libres penseurs» sont les principales cibles de cette forme de persécution camouflée dans le divertissement. Les femmes également ne sont pas épargnées par les contenus de programmes qui cherchent à banaliser le climat de violence à leur égard dans une démarche dont les visées réelles ne doivent pas être sous-estimées.

C’est un projet «caché» de société rétrograde qui se trouve au soubassement de ces émissions médiocres pas du tout exigeantes en professionnalisme ni en rigueur déontologique. Le Conseil national des droits de l’Homme a raison de réagir à cette situation en sollicitant l’intervention du pouvoir judiciaire.

K. M.

Commentaires

    Mello
    14 juin 2017 - 12 h 14 min

    Regardons nous.
    Ne sommes nous pas des voyeuristes ? Comme on l’a suffisament ergoté dans nos precedents posts. La pauvrete intellectuelle a engendre ce racolage pestiférant d’une societe qui ne sait pas vivre ensemble. Pourtant un proverbe chinois nous dit: « il faut deux ans pour apprendre a parler , toute une vie pour apprendre a se taire. » On ne fait que parler, on ne fait que crier, on ne fait que critiquer l’autre, mais dramatiquement on ne parle pas a nous memes, on ne crie pas sur nous memes et on ne se critique pas.
    Ces cameras cachees ne sont en fait que l’image de ce que nous sommes et les medias TV enfoncent le clou de la nullite. Pour vivre en societe, il y a deux choses a apprendre: apprendre a parler et apprendre a se taire.




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