Ode à nos crânes historiques et aux cerveaux algériens (a)vides d’Histoire

crânes
Les crânes de 37 résistants algériens sont exposés au Musée de l'Homme de Paris. D. R.

Par Mesloub Khider – Notre pays est un vaste cimetière où gît la population algérienne, sacrifiée sur l’autel d’un passé vivant de notre agonie quotidienne.

«Chaque pierre tombale couvre une histoire universelle», disait le poète révolutionnaire allemand Heinrich Heine. Chez nous, en Algérie, c’est notre histoire locale qui se couvre de multiples pierres tombales exhumées et exhibées régulièrement pour enrober et enjoliver notre étique roman national.  Les cadavres gèrent notre pays et gouvernent notre mémoire. Les cimetières mémoriaux nous servent de bibliothèques dans lesquelles nous puisons nos connaissances sépulcrales.

Le peuple algérien aime se draper de reliques existentielles fossilisées. En matière spirituelle, il adore s’enflammer le cerveau avec des braises intellectuelles archaïques. Et en matière professionnelle, inhiber ses ardeurs laborieuses aux eaux glacées de l’oisiveté et de la fatalité.

Une vacuité mortifère enveloppe sa vie quotidienne macabre, pendant que le vivifiant passé magnifié occupe son attention et vampirise son temps. Réduit à l’état de mort-vivant, l’Algérien ne se nourrit que de littératures faisandées puisées dans un passé depuis longtemps enseveli. Tout se passe comme si son existence actuelle s’écoule sous une mortuaire histoire où sa vie s’écroule sous les effets conjugués de la répression étatique et de l’oppression islamique.

L’Algérien affectionne admirer son avenir incertain dans le miroir fêlé de son ténébreux passé glorifié corrodé, en court-circuitant son présent évanescent et érodé.

Pour mieux immobiliser les vivants, on mobilise les morts illustres

En Algérie, en pleine période de paix (sociale), les Algériens, affligés d’anémie intellectuelle et d’inanité culturelle, transformés en cadavres ambulants, sont enterrés vivants. Tandis qu’on est prêt à déclarer la guerre à la France pour rapatrier des crânes morts depuis deux siècles pour leur redonner une vie salvatrice à la pérennité d’un pays moribond.

Décidément, les priorités des potentats indéboulonnables du gouvernement sont toujours idéologiques. Et l’idéologie passéiste de ce gouvernement cacochyme constitue un attentat à la jeunesse d’esprit de la fraîche génération algérienne éprise de modernité.

Faute de remplir mémorablement les assiettes du peuple réduit au régime sec, l’imposant régime peuple d’assiettes mortuaires les musées de la mémoire déjà trop remplie. Les ossements de nos vénérables défunts aïeux préoccupent davantage ces nantis repus que la santé de nos vulnérables citoyens contemporains désavantagés au corps osseux rompu.
Si les colons accomplissaient leurs macabres œuvres de décapitation au nom de la science, nos dirigeants justifient leurs manœuvres de rapatriement des crânes au nom de la mémoire saturée de ronces.
Cette même mémoire qui accapare à plein régime notre présente misérable attention, pendant que cet inique régime accapare les richesses avec notre bénédiction. Et si nos valeureux parents et grands-parents asservis ont fini par laver l’honneur en chassant les colons, nous, nous persistons dans le déshonneur de l’asservissement en permettant à ces nouveaux occupants de coloniser le pays.

Enfin, l’état de délabrement des cimetières algériens où les tombes tombent en ruine nous fait craindre de voir les crânes de nos ancêtres, une fois rapatriés, une seconde fois tués par la gabegie et la désinvolture de l’administration funèbre algérienne.

Reposez en paix, mes frères algériens vivants !
Portez-vous bien, mes aïeux frères morts depuis une éternité ! 

M. K.

Comment (3)

    Anonyme
    27 décembre 2017 - 15 h 49 min

    Excellent article,merci …




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    Algeroise
    26 décembre 2017 - 14 h 56 min

    Ce rapatriement se fera grâce à l’initiative de la diaspora algérienne de France et non des dirigeants. Mr le journaliste vous maniez superbement la langue de Molière mais hélas vous n’avez pas décodez la portée du retour de ces ‘cranes’.




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    Anonyme
    26 décembre 2017 - 12 h 50 min

    Le peuple algérien avale ce qu’on lui sert ! Et je ne serais là à commenter votre article avec ma gueule de bois rien que pour passer du temps et dont j’en ai cure autrement. Ne venez pas nous dire que c’est une grande préoccupation pour la populace.

    Que ces crânes soient mieux conservés là où ils sont, qui en douterait ? Alors qu’on les ramène ou pas, c’est vous qui en faites un sujet et c’est vous qui vous en étonnez. Personne ne vous a demandé de nous raconter leur histoire pour nous occuper ou pour nous balader. C’est qui qui manipule en vérité ?

    Après le dernier des prophètes combien de gurus ont créé des sectes, combiens de convertis, combiens d’adeptes ? Si vous ouvriez une paroisse dédiée à ces crânes de nos jours je vous parie qu’elle sera pleine en attendant la venue de Godot ou du Mahdi.

    Non mais, parler des crânes rien que pour couper l’appétit à nos dirigeants en ces fêtes de fin d’année ou pour leur donner des remords, c’est y fairplay ? Franchement ?




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