Le directeur général d’Axa : «Il y a un environnement concurrentiel très fort en Algérie»

Pierre Assurance
Pierre Vasserot, directeur général d'AXA-Algérie. D. R.

Algeriepatriotique : Quelle est votre estimation des résultats financiers d’Axa Assurance Algérie pour l’année 2018 ?

Pierre Vasserot : Les résultats seront en forte amélioration et nous estimons que nous serons positifs. De quel ordre ? Je ne peux le dire parce que l’année n’est pas complètement terminée. Il reste un mois, mais la tendance est plutôt bonne avec un très fort redressement par rapport à l’année passée.

Est-ce difficile de maintenir votre rentabilité dans une conjoncture économique assez rude ?

Quelle que soit la conjoncture, il faut faire attention à la rentabilité. Cette dernière est la clé car c’est ce qui permet d’investir. Quand la conjoncture est porteuse, il peut y avoir une compétition très forte sur le marché, avec du dumping tarifaire, donc certains qui préfèrent casser les prix pour récupérer des parts de marché. Quand la conjoncture est tendue, il peut y avoir une hausse de la sinistralité, dans ce cas, il faut renforcer ses fondamentaux techniques et améliorer encore plus la gestion interne, la qualité de service pour être à côté de nos clients. C’est vrai que nous faisons moins d’affaires parce que nous sommes plus sélectifs que par le passé ; c’est ce qui s’est passé pour nous en 2018, année durant laquelle nous avons été obligés de nous séparer de 30% de notre portefeuille en santé collective.

Pourquoi ?

Parce que certaines affaires n’étaient pas suffisamment bien tarifées par rapport à l’évolution de la sinistralité. En santé collective, nous étions les premiers à Axa à lancer ce produit sur le marché algérien. Durant les deux dernières années, nous avons observé une très forte augmentation de la consommation, notamment pour certaines garanties qui n’étaient pas forcément de l’assurance, c’est-à-dire des garanties optionnelles couvrant pour un heureux événement de la vie, mais qui n’étaient pas de l’assurance santé. Nous nous substituons, parfois et pour certaines compagnies, au rôle des œuvres sociales. Nous avons remis à plat notre offre pour nous concentrer sur la partie assurance santé pure et accompagner nos clients dans des cas d’accidents de la vie. Mais cela nous a conduits également à nous séparer de 30% de notre portefeuille. Pour nous, c’était la condition pour redresser le portefeuille santé, ce que nous avons réussi cette année.

Peut-on parler de l’existence d’un environnement concurrentiel en Algérie dans le domaine des assurances ?

Oui, bien sûr. Il existe un environnement concurrentiel en Algérie, même s’il y a peu d’entreprises d’assurances comparé aux autres pays. Il y a un environnement concurrentiel très fort.

Le climat des affaires y est-il favorable ?

Oui, sinon nous ne serions pas ici. Le groupe Axa a choisi d’être présent en Algérie. Nous avons obtenu l’agrément fin 2011 et opérons depuis 2012 parce qu’il y a du potentiel pour faire des affaires. Si ce n’était pas le cas, cela n’aurait pas été prioritaire à ce moment-là. Il y a un potentiel de développement très fort ; il y a des opportunités à saisir maintenant. On ne parle pas d’un potentiel dans 5 à 10 ans ; les opportunités, c’est pour maintenant. Le taux de pénétration de l’assurance est faible en Algérie. Rapporté au produit intérieur brut, aujourd’hui, il est de 0,7%. D’autres pays limitrophes sont à 2,6%. Il y a de nouveaux marchés à conquérir en Algérie. La moitié du marché des assurances est dominée par l’assurance automobile de particulier. Seulement 400 000 Algériens environ sont couverts en complémentaire santé. Il y a des marchés énormes à conquérir, mais c’est à nous, les assureurs, de présenter des offres innovantes et de faire en sorte de développer le marché.

Parmi les innovations en termes d’offres de service, vous avez parlé d’une cible nouvelle : les petites et moyennes entreprises. Où en est cette offre pour les opérateurs économiques ?

Elle a été lancée début octobre. Nous avons entièrement revu l’offre. Nous nous appuyons sur un panel. Nous avons effectué une enquête auprès de 600 petites entreprises algériennes, fin 2017, pour connaître leurs besoins. A partir de cela, nous avons simplifié notre offre en automatisant une grande partie des process de souscription. Nous pouvons tarifer un risque pour les petites entreprises en cinq questions et une minute vingt. Les agences commencent à s’approprier cette offre et nous avons pu, de cette manière, doubler notre chiffre d’affaires sur la partie PME, et ce, rien qu’en octobre. Les choses sont en train d’avancer et c’est à nous d’accompagner cela petit à petit.

Bien que critiquée par certains investisseurs étrangers, la règle 51/49 a réussi, semble-t-il, à être un atout de succès pour Axa Assurance Algérie. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

Chez le groupe Axa, nous avons l’habitude de travailler en partenariat avec des règles 51/49, c’est le cas d’une grande partie des pays asiatiques. Nous sommes habitués à travailler dans un tel environnement. Ce qui est important pour nous, c’est d’avoir des partenaires forts, publics ou privés. Pour Axa Algérie, il se trouve qu’ils sont publics, FNI et BEA. C’est important d’avoir des partenaires forts et qu’ils puissent nous faire gagner du temps dans la compréhension du marché, d’où l’intérêt du partenariat. Si une compagnie arrive sur un marché, comme le marché algérien, et ignore tout de ce dernier, elle aura un temps d’adaptation qui sera très long. Le fait d’avoir des partenaires qui nous aident à comprendre le marché et à nous orienter dans notre stratégie nous fera gagner énormément de temps.

Pour nous, la règle 51/49 nous a été bénéfique, notamment pour la définition, la mise en place et le suivi de la stratégie. C’est un pilotage à travers des conseils d’administration et des échanges que nous avons de façon régulière, tout au long de l’année.

L’assurance islamique n’est pas un marché développé en Algérie bien que son investissement soit très important comme l’atteste le cas de la Malaisie. Ce produit est-il inscrit dans la stratégie d’Axa Algérie ?

Nous surveillons ce marché. Ce n’est pas à court terme dans la stratégie d’Axa Algérie. Nous regardons comment ce marché est en train d’évoluer en Algérie. Cela commence mais c’est tout petit. Nous avons aujourd’hui à Axa Algérie 4% de parts de marché. Nous pensons qu’avant d’aller vers la partie islamique, takafoul, il y a, peut-être, d’autres choses à faire qui pourraient nous offrir une croissance plus forte. Nous avons, bien sûr, un œil très attentif sur l’évolution takafoul et nous verrons par la suite.

Vous avez déclaré qu’il y a d’énormes marchés à conquérir en Algérie. Peut-on les connaître ?

Non (rires). Nous avons plusieurs offres que nous aimerions lancer en 2019 mais, pour l’instant, nous les gardons pour nous.

Axa Algérie prévoit-elle de nouer des partenariats avec les entreprises algériennes qui exercent dans les assurances également ?

Intéressant comme question. Oui, nous l’avons fait avec la SAA. Nous avons signé un partenariat de coassurance. La coassurance, c’est quand deux compagnies se mettent ensemble pour augmenter leurs capacités. La signature de cet accord s’est effectuée il y a une dizaine de jours. Nous allons rendre cet accord public bientôt. Vous avez donc la primeur de l’information (rires). Nous travaillons ensemble pour pouvoir accéder à de grands risques industriels notamment, et voir aussi comment travailler sur des partenariats un peu plus poussés en termes de formation croisée. Cela peut donc aller au-delà de l’assurance. Quand il y a des partenaires sérieux, comme la SAA, nous sommes ravis de le faire.

Vous envisagez des partenariats avec des entreprises privées ?

Pour l’instant, non. C’est au cas par cas.

Quelles sont les ambitions d’Axa Assurance Algérie à moyen terme pour consolider son positionnement sur le marché algérien ?

Sur la partie stratégie et développement, et en termes de santé collective, nous sommes aujourd’hui le premier assureur vie et nous voulons continuer à nous développer sur la partie santé. Nous avons la partie commercial lines, c’est-à-dire les risques d’entreprise, où il y a matière à faire dans tout le tissu industriel algérien. Nous avons un autre gros avantage aussi : nous sommes appuyés par le groupe dans tout ce qui a trait à la prévention, l’évaluation des risques et le conseil aux entreprises. Ensuite, nous avons tout ce qui est réseau d’agence. Nous sommes encore petits puisque nous avons à peu près 80 agences sur tout le territoire national, quand nos concurrents ont entre 230 et 500. Nous avons une opportunité pour développer notre maillage du territoire et augmenter notre force de frappe sur le terrain en développant notre réseau d’agences.

Implantée depuis 2011 en Algérie avec la conviction de parvenir à passer d’un «rôle de prestataire d’assurance à celui de partenaire des clients», cet objectif a-t-il été atteint ?

L’assureur est souvent vu comme un payeur de sinistre et c’est un rôle très réducteur. En Algérie, l’assurance automobile, par exemple, est souvent perçue comme une taxe. Nous voyons le rôle de l’assureur différemment : accompagner nos clients, particuliers et entreprises, tout au long de leur vie, de leurs projets ou leurs plans de développement pour l’entreprise. Si je prends la partie entreprise, il y a le rôle d’évaluation de celle-ci, un rôle de prévention et de conseil que nous pouvons offrir pour que l’entreprise puisse investir sereinement et se développer. C’est un rôle de conseil et d’accompagnement tout au long de la vie. Pour un particulier, c’est pareil. C’est ce rôle de conseil d’offre adaptée, bien sûr, mais de services annexes que nous pouvons offrir à un particulier. Quels sont ces services ? Tout l’enjeu est là. Quels sont ces services que nous pouvons développer pour faciliter la vie au client, en tant qu’assuré, et pour qu’il ait l’esprit tranquille pour lui et pour sa famille ?

Est-ce que l’objectif est atteint ? Non. Nous n’en sommes qu’au début. C’est ce que nous voulons faire. Et Axa œuvre à se différencier avec cette approche pour changer fortement l’expérience client en passant d’un rôle de payeur à celui de partenaire.

D’après vos déclarations, le marché algérien est donc un marché prometteur pour le groupe Axa…

Oui, très favorable. Il y a eu la présence du président du Conseil du Groupe Axa lors de l’inauguration de notre nouveau siège et c’est bien ce qu’il a réaffirmé aussi.

Interview réalisée par Houneïda Acil

Comment (3)

    kenza
    3 décembre 2018 - 15 h 28 min

    c’est encouragement de voir que AXA algerie s’interesse egalement au TAKAFUL…l’avenir est dans ce domaine a mon avis, la Malaisie a tres bien reussi !

    il suffit maintenant que le gouvernement change la loi des assurances au plus vite afin de lancer cette activité!

    La seule entité qui fait du takaful est SALAMA ASSURANCES….meme sans loi !

    no news
    2 décembre 2018 - 10 h 25 min

    ne croyer rien a ce qu’il dit. cette companie francaise profite de la corruption et du marche ferme qui existe en Algerie.

    10
    1
      Paranoïa
      9 décembre 2018 - 11 h 21 min

      Vous êtes dans la paranoïa la plus totale. Encore un qui tente de véhiculer une image tronquée du pays. Si cette entreprise avait pour but bénéficier de la corruption et de piller l’économie, de venir en terrain conquis, il aurait choisi le voisin de l’Ouest, il y a pas meilleure destination pour y réaliser meilleures entreprises.Si le marché était vraiment fermé, il ne y aurait pas eu autant d’investimment dans notre pays qui recèle de grandes potentialités.

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