Quel avenir pour le mouvement des Gilets jaunes ?

Gilets Noël
Les Gilets jaunes, face aux forces de l'ordre, plus que déterminés pour aller au bout de leur combat. D. R.

Par Mesloub Khider – Le gouvernement de Macron croit trop au père Noël. En ce début de l’année 2019, il se prépare à fêter dans les réjouissances sa victoire annoncée contre le mouvement des Gilets jaunes. Il est en droit de se convaincre de sa victoire. Mais gare aux lendemains de griserie politique démagogique : le réveil peut se révéler douloureux.

Certes, il y a eu une timide décrue mais la décrue subversive est à mettre sur le compte de la période festive de la fin de l’année. Ou aux tours de prestidigitations politiciennes consultatives actionnés par le gouvernement, ayant permis d’illusionner provisoirement le peuple ébaubi par ce lapin référendaire sorti mystérieusement du chapeau du pouvoir. Ce lapin, longtemps symbole des engagements non tenus, des rendez-vous historiques délibérément manqués, dévoyés.

A l’évidence, les masses révoltées, en dépit de leur situation misérable, ont eu besoin également de s’offrir quelques cadeaux festifs et gustatifs pour reprendre des forces. Leur colère demeure intacte. Leur faim de justice sociale s’est encore creusée après des semaines de lutte toujours pas assouvie de victoire, toujours pas rassasiée de changement de pouvoir.

Apparemment, le pouvoir macronien, saisi par un philanthropique sursaut d’humanité feinte, en vue d’apaiser la tension sociale, s’est résolu à distribuer quelques miettes monétaires sociales à la frange la plus nécessiteuse du peuple. En vérité, il ne s’agit nullement d’une reculade mais d’une rebuffade. Car toutes les revendications économiques, sociales et politiques du mouvement ont été souverainement méprisées. Elles n’ont pas été honorées, satisfaites.

En revanche, le gouvernement de Macron a accordé une substantielle augmentation de salaires à ses forces de répression, obtenue à la suite d’une seule journée d’action syndicale, en remerciement de leurs bons et loyaux sévices infligés au peuple révolté. En l’espèce, il s’agit d’une réelle augmentation des salaires des policiers. A la différence de la prétendue revalorisation de 100 euros octroyés aux smicards. En vérité, ces derniers n’ont pas bénéficié d’une réévaluation de leur SMIC mais uniquement de l’allocation d’une exceptionnelle prime d’activité soumise, par surcroît, à de draconiennes conditions d’attribution. Prime, par ailleurs, susceptible d’être réduite ou supprimée à tout moment, c’est-à-dire une fois la pression de la révolte sociale dissipée.

De fait, les forces de l’ordre auront été les heureuses bénéficiaires collatérales de cette guerre de classes. Cette guerre sociale initiée par le mouvement des Gilets jaunes aura connu un inattendu et déroutant dénouement : maintenir le peuple toujours dans le dénuement ; permettre au pouvoir de conserver son cap pour sauver ses bourgeois monuments et accorder aux policiers une augmentation de leurs émoluments.

Ainsi, l’Etat français claironne fréquemment ne pas disposer de financements pour les besoins vitaux de la population. Mais parvient toujours à débloquer l’argent contre son peuple et contre d’autres peuples des pays envahis : notamment en augmentant considérablement les salaires de ses forces de l’ordre pour les remercier d’avoir maté la révolte du peuple et en rallongeant en permanence le budget militaire pour soutenir ses interventions impérialistes aux quatre coins du monde. De façon constante, les deux piliers répressifs du pouvoir français sont pécuniairement gratifiés pour leur service rendu au capital.

Au reste, à défaut d’alimenter les caisses des postes sociaux de fric, l’Etat préfère bourrer les urnes de bulletins de vote référendaire limitatif et futile dans le cadre d’un simulacre de Ric. Ce machin institutionnel de «débat national» inventé pour désamorcer l’affrontement de classes, l’insurrection sociale.

Ainsi, le «débat national» permet au pouvoir de désarmer le mouvement mais, surtout, de dévoyer les revendications sociales initiales du mouvement. Evidemment, ces «consultations citoyennes» ne porteront pas sur les questions fondamentales relatives au pouvoir des financiers, banquiers, milliardaires, patrons, politiciens, en un mot tous les représentants du capital, en vue de réduire considérablement leur puissance et leur nuisance par la diminution de leurs revenus et l’abolition de leur mainmise sur les institutions gouvernementales et publiques.

Pour ce faire, en vue de mettre en œuvre cette «consultation citoyenne», les mairies (dépourvues à la vérité de tout pouvoir politique et économique, de tout moyen financier, dont la moitié des maires sont démissionnaires par désenchantement) sont invitées à organiser des consultations de la population pour recueillir ses doléances, ses trompe-l’œil délibératifs. Concrètement, le débat national tant annoncé s’apparente à des ébats discrets organisés dans l’intimité de ces alcôves capitonnées municipales réservées aux amateurs d’onanismes intellectuels stériles. En fait de débat, les initiés de la discussion masturbatoire vont se livrer à l’exercice rédactionnel narcissique. En effet, il n’est nullement question de délibérations animées librement au sein d’assemblées démocratiques. Mais d’une forme de thérapie politique cathartique personnelle accomplie au moyen d’un stylo et d’un cahier. C’est un exercice enfantin et infantile. On procède comme avec les enfants agités à qui on souhaite apprendre la discipline : on leur remet un cahier pour les inviter à s’adonner à leurs gribouillages favoris.

En réalité, les cahiers de doléances vont tenter de prononcer leurs condoléances du mouvement, déposer dans l’urne funèbre ses authentiques initiales revendications économiques, sociales et politiques. Se livrer à la mise en bière référendaire de la révolte sociale du mouvement, subrepticement inhumée dans le caveau de la démocratie bourgeoise charognarde.

En outre, dans le même temps que l’Etat distribue ses carottes consultatives référendaires inoffensives au peuple pour le nourrir d’illusoires réformes sociales invisibles et incolores, il persiste à asséner aux récalcitrants révoltés précarisés les coups de bâton démocratiques et indolores.

Qui plus est, l’armée veille au grain (gain) du capital, prête à réprimer la «populace» menaçante. Aussi, certains généraux en disgrâce (Villiers, Tauzin, Dary – ce dernier connu pour son amour immodéré de l’Algérie et pour sa lettre de protestation à la suite de la visite rendue à Mme Josette Audin, la veuve de Maurice Audin, par Macron –, Piquemal) fervents défenseurs de la patrie bourgeoise impérialiste, pour redorer leurs galons ternis, ont déjà endossé leur uniforme de combat pour grimper dans leur char putschiste en vue d’écraser la révolte du peuple, à l’instar du général de Gaulle, secrètement réfugié dans une base militaire située en Allemagne, prêt à lancer l’armée contre le mouvement gréviste de Mai 68. Voire, pour ses généraux généreux, afin de prendre les commandes du pouvoir en vue d’instaurer une dictature militaire.

Aujourd’hui, selon le calendrier établi par le gouvernement aux abois, l’heure est à la concertation. Manière subtile de neutraliser la contestation. Cependant, le mouvement des Gilets jaunes ne doit nourrir aucune illusion dans ce «débat national» organisé par le gouvernement. Car cette «consultation citoyenne» politicienne ne vise qu’à désamorcer l’affrontement social. Au vrai, en serviteurs dévoués de la finance internationale, les dirigeants du pouvoir, en dépit de leurs postures modérées, tentent d’infléchir la radicalité de la révolte au moyen de manœuvres dilatoires citoyennes, pour mieux reprendre l’offensive répressive une fois le mouvement jugulé, vaincu.

Du reste, à la faveur de la relative accalmie du mouvement, le pouvoir a commencé à dépêcher ses forces de l’ordre, ragaillardies par le relèvement de leurs soldes, sur les ronds-points pour démolir les campements des Gilets jaunes dressés depuis un mois afin de bloquer les axes routiers en vue de paralyser l’économie.

Illustration de cette démonstration de force, lors de sa conférence de presse tenue le 23 décembre dernier à Ndjamena, siège de l’impérialisme français, érigé à la gloire des troupes néocoloniales œuvrant en Afrique, Macron a implicitement évoqué l’opportunité du déclenchement de la guerre comme solution à la question sociale. La guerre impérialiste a toujours constitué un idéal dérivatif à la guerre sociale.

De toute évidence, le «débat national» diligenté par le pouvoir étatique macronien, représentant les intérêts des classes dominantes, constitue une diversion politique, une manœuvre dilatoire machiavélique destinée à étouffer dans l’œuf l’insurrection sociale du mouvement des Gilets jaunes. L’Etat de la puissance financière internationale ne compte aucunement satisfaire les revendications économiques, sociales et politiques du peuple de France révolté. Macron n’a pas été placé au pouvoir pour appliquer une politique sociale favorisant l’amélioration des conditions d’existence du peuple. C’est tout le contraire.

Certes, le peuple veut la démocratie. Mais Sa démocratie. Aussi, s’il faut permettre l’émergence d’une authentique démocratie populaire horizontale, elle doit être portée par le seul peuple, mise en œuvre par l’ensemble du peuple laborieux. Cette démocratie populaire ne peut s’ériger que contre l’Etat des financiers, ces ennemis du peuple. Aussi, aucune négociation ne doit s’établir avec l’Etat des classes dirigeantes, par essence dressé pour dominer et opprimer le peuple. Aucune confiance ne doit être accordée au gouvernement soucieux uniquement de la préservation des intérêts des classes possédantes.

Actuellement, doté d’une force mobilisatrice extraordinaire, soutenu par plus de quatre-vingt pour cent de la population, le mouvement doit déployer toute son énergie afin de s’organiser en dehors des institutions gouvernementales dominantes. Il doit s’efforcer de constituer des comités de Gilets jaunes dans chaque commune. Procéder à l’élection de représentants dans des assemblées locales, puis départementales, régionales, enfin au niveau national.

Ces délégués, élus et révocables, doivent établir une plateforme programmatique politique pour servir de cadre de constitution d’un RIC réservé aux seuls membres de la classe populaire engagée dans la lutte. Ces RIC, opposés à ceux du pouvoir, doivent se développer à l’échelle nationale pour leur imprimer une légitimité populaire par-delà l’approbation du pouvoir. Et surtout contre le pouvoir, pour construire une institution légale opposée aux instances gouvernementales de la classe dominante. Manière populaire d’instituer un double-pouvoir. Un pouvoir populaire concurrençant directement le pouvoir dominant établi.

Assurément, le mouvement des Gilets jaunes, encore embryonnaire, demeure encore à l’état infantile sur le plan politique. C’est encore un nouveau-né enfanté dans la douleur par les contradictions de classes, les injustices sociales criantes et intolérables infligées par le capital. Mais grâce à sa force exceptionnelle, il fait preuve d’une croissance combative prodigieuse. Après seulement quelques semaines d’existence, il a acquis de la maturité. De la popularité. Du haut de ses quelques semaines d’âge, il a su faire pousser des cheveux blancs aux classes possédantes, entrevoyant leur mort dans l’œil brillant de jeunesse de ce peuple en pleine renaissance politique ; donner du fil à retordre aux gouvernants saisis de frayeur devant la fraîcheur insurrectionnelle de ce mouvement juvénile, doté d’une énergie militante vigoureuse ; faire couler des sueurs froides aux forces de l’ordre depuis longtemps assurées de leur supériorité répressive exercée en toute impunité.

Aujourd’hui, la peur a changé de camp. Le camp de la peur a changé d’habitation. Elle habite les châteaux et non plus les chaumières. La faiblesse a immergé le pouvoir. La force a émergé du peuple. Le pouvoir de la force s’est emparé du peuple. Le peuple doit maintenant s’emparer de la force du pouvoir.

M. K.

Comment (9)

    chark
    18 janvier 2019 - 12 h 29 min

    Quel avenir ? La guerre civile tout simplement , les Français sont un peuple mature ils savent trés bien se qui est bon pour eux , et se qui très mauvais pour eux , ils ont mis 48 ans pour s’en apercevoir , et les dégâts sont considérables dans la société Française que se soit au niveau politique ( perte de décision souveraine au profit de l’ue ) , économique , éducatif , et militaire ! …..je ne vois qu’une guerre civile qui permettra de séparer le bon grain de l’ ivraie !

    Anonyme
    17 janvier 2019 - 5 h 44 min

    On s en fou du devenir des gilets jaunes occupant nous d abord de nos gilets locaux en détresse _les gilets orange de sauvetage par exemple.

    socrate
    14 janvier 2019 - 22 h 33 min

    Son avenir ? En un mot : aucun. Comme toute les jacqueries qui ont parsemé l’histoire de France, ce mouvement s’éteindra de sa belle mort.

    Tredouane
    13 janvier 2019 - 21 h 46 min

    Je pense que c’est un début pour les francais d’une marche pour recouvrir droit légitime de disposé de leurs libre choix ,mais attention au manipulations des forces tapis dans le noir,ce mouvement va être initiateur pour d’autres expériences en occident ,son développement du point de vue comment dire « idéologique réformateur » dans les fondement de l’avenir Humain;je pense que de profondes réformes du systéme économique mondiale sont en marche influant sur le politique.
    Les Populations mondiales aspirent à plus de paix au sens large du mot à l’encontre des dessins qui souhaitent plus de chaos qui profiterais à une minorité de l’humanité.

    Ras elkhit
    13 janvier 2019 - 20 h 30 min

    La dimension de ce mouvement déjà amorcé voilà plus de dix ans en Italie en Grèce en Espagne au Royaume uni (Le Brexit) On voit bien les limites de la fameuse démocratie bourgeoise et sa totale inefficacité pour ne pas dire le leurre C’est soi une nouvelle agression néocoloniale vers un pays du tiers monde soi de véritables troubles sociaux en Occident Je ne parlerais pas de 6 ème république l’impérialisme sachant se retourner dans les moments de difficultés La Révolution est totalement exclue le capitalisme financier ne la permettant pas

    Felfel Har
    13 janvier 2019 - 19 h 02 min

    Quel avenir pour les GJ? Une redistribution des cartes après une révolution qui emportera la 5ème République. La classe moyenne forcera la tenue de nouveaux États Généraux et une Constituante new look qui abolira les privilèges injustement octroyés aux néo-aristocrates que sont les Bolloré, Bouygues, Drahi, et les autres Macron et ses parrains de la Finance internationale.
    Il a fallu prés de 30 ans de détricotage du modèle social français pour pousser le peuple d’en-bas à investir la rue. Les GJ vont repliquer à ceux qui leur demandent d’évacuer la rue en leur rappelant la réponse du Comte de Mirabeau: « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu’on ne nous arrachera que par la puissance des baïonnettes. »
    L’avenir des GJ? C’est la Révolution. Bis repetita placent!

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    Parfait
    13 janvier 2019 - 11 h 31 min

    Excellent article rédigé par un grand journaliste monsieur M.K.

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    Mahmoud
    13 janvier 2019 - 10 h 51 min

    Quel avenir pour les gilets jaunes? Eh bien ma foi tout au mieux tout au plus une  » exportation  » du mouvement vers l’Algérie, ça serait une bonne idée, au nom de la liberté d’expression!

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      Ras elkhit
      13 janvier 2019 - 20 h 33 min

      Quand on est un complexé du sous développement doublé d’un colonisé mental c’est difficile de réfléchir

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