Autogestion ou apocalypse

autogestion
Le travail à la chaîne, une forme d'exploitation. D. R.

Par Kaddour Naïmi – Supposons une personne souffrant de fièvre causée par une invasion de bactéries nécessitant des antibiotiques pour les éliminer. Cependant, le médecin appelé en l’occurrence se limite à administrer de l’aspirine. Qu’en penser ? Soit ce médecin est un faux docteur, soit il reçoit de l’entreprise fabriquant l’aspirine un pourcentage chaque fois qu’il prescrit le produit de cette usine. Dans les deux cas, il s’agit d’un imposteur. Dans les deux cas, ce savant s’attaque à un effet, pas à sa cause ; et la seule victime est le malade dont le mal empirera, probablement jusqu’à sa mort.

Envisageons à présent une société humaine malade, autrement dit qui souffre de conflits sociaux. Dans ce cas, les docteurs ont présenté et continuent à présenter certains remèdes. Limitons-nous à l’époque moderne.

Le capitalisme «libéral»

Les uns ont proposé et continuent à proposer, comme remède miracle, le capitalisme dit «libéral». Le principe fondamental en est, pour simplifier : que chacun, selon la «nature» de son intelligence, se débrouille ! Les meilleurs deviendront riches, les médiocres resteront pauvres, ces derniers devant se mettre au service des premiers pour satisfaire leurs nécessités vitales.

La première formule lancée fut celle de l’homme politique français Guizot : «Enrichissez-vous !» Mais il ne précisa pas selon quelle méthode. Ainsi, les plus prédateurs s’en donnèrent à cœur joie, et quand les exploités qui en étaient victimes finissaient par se révolter, l’armée réprimait la «canaille» des faubourgs.

La dernière formule connue fut celle du leader chinois «communiste» Deng Xiao Ping qui déclara : «Il n’y a pas de honte à devenir riche.» Seulement, là encore, il ne précisa pas la méthode pour le devenir. Certes, la Chine est devenue un pays riche, mais au détriment de la partie pauvre de sa population, plus précisément celle des travailleurs manuels des villes et des campagnes.

En Algérie, on se contente de déclarer simplement : «Développons économiquement le pays.» Autrement dit, qu’il devienne un pays riche. Et on fait l’éloge des propriétaires qui «fournissent du travail» aux citoyens. Quant au capital acquis auparavant par ces propriétaires nouveaux, et au profit qu’ils tirent de leur «offre» de travail, on n’en parle pas ou l’on considère ce fait comme dommage collatéral obligatoire.

Le «socialisme» étatique

D’autres docteurs et savants critiquèrent avec de justes arguments le capitalisme soi-disant «libéral», en montrant que le développement économique dont, certes, il fait preuve, que celui-ci profite principalement à une oligarchie de propriétaires, au détriment des citoyens ne disposant que de leur force de travail intellectuelle ou, pire, manuelle. Dès lors, ces réformateurs et révolutionnaires proposèrent d’autres remèdes.Celui qui domina fut celui qui affirmait la construction du socialisme à travers un Etat. Il fut tour à tour défini «ouvrier», «prolétarien», «populaire» et la société qu’il gérait fut proclamée soit «socialiste» soit «communiste». Par contre, ceux qui proposaient un socialisme sans Etat, autrement dit de type autogestionnaire, furent une minorité qui ne fut pas écoutée. Pourquoi ? Une hypothèse sera présentée ci-dessous.

Autres conceptions

Les religions ont, elles aussi, déclaré lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales. Mais aucune n’a parlé explicitement du phénomène fondamental qu’est l’exploitation économique. Tout au plus, on déclara la nécessité de la «charité», de l’«aumône» des possédants envers les démunis. Et Jésus-Christ se distingua par certaines actions et déclarations : il chassa les marchands du temple, il stigmatisa à plusieurs reprises les «riches» en leur refusant l’accès au Paradis, il a fait appel aux pauvres de toute sorte : souffrant de la faim, de l’exil ou de l’humiliation de manière générale (les «faibles d’esprit»). Tout cela n’a pas éliminé la pauvreté, laquelle, faut-il le dire, est causée directement par la richesse d’une minorité.

Dans l’Extrême-Orient, des doctrines spirituelles ont, elles aussi, considéré la «pauvreté» et, là également, n’ont pas parlé du mal fondamental : l’exploitation économique. Tout eu plus, la doctrine originelle du taoïsme a déclaré explicitement que, pour éliminer toute forme d’injustice sociale, les êtres humains devraient s’autogouverner, et que pour éliminer le vol, il faut éliminer le système social basé sur les voleurs : «Le peuple a faim parce que le prince dévore l’impôt», dit le livre fondamental du taoïsme(*). Dans cette dernière conception, apparue il y a environ deux mille cinq cents ans en Chine, on peut voir l’idée de ce qu’on appela, depuis l’époque moderne, l’exploitation économique. De là, on comprend que si le brahmanisme puis le bouddhisme se sont répandus, si le confucianisme fut presque toujours l’idéologie de l’oligarchie dominante en Chine et le shintoïsme l’idéologie des oligarchies japonaises, par contre le taoïsme, qui semble être l’ancêtre de l’idée autogestionnaire, fut généralement occulté, sinon réprimé et généralement très peu connu dans le monde.

Faux et vrais remèdes

Dans tous ces cas, les diverses religions et spiritualités n’ont pas réussi à éliminer la maladie fondamentale qu’est la pauvreté sociale (appelons-la par son nom exact : le résultat de l’exploitation économique) dont souffre l’humanité. Tout au plus, les conceptions religieuses monothéistes formulent la promesse que les pauvres de ce monde ne le seront plus dans l’autre monde.

Par contre, ces religions et spiritualités ont enrichi leurs clercs. Le capitalisme «libéral», lui aussi, n’a pas éliminé la pauvreté ; ses progrès économiques ont permis de lui donner des formes nouvelles, suite à l’enrichissement des oligarchies dominantes, mais le fossé demeure béant entre riches (propriétaires de moyens de productions) et pauvres (possédant uniquement leur force de travail intellectuel et/ou manuel).

Enfin, le «socialisme» (ou «communisme») étatique fut plus ambitieux et le demeure chez ses partisans : l’élimination totale de la pauvreté sociale. On connaît les résultats.

Dans tous ces cas, nous en sommes à l’administration d’aspirine (des mesures dites d’amortissement social), en occultant l’antibiotique. Or, existe-t-il un autre moyen d’éliminer réellement la pauvreté, sinon par la suppression de ce qui la cause ? Et qu’est-ce qui la cause sinon l’exploitation de l’être humain par son semblable ? «Ah, diront certains, vous demandez l’impossible ! Cette exploitation a toujours existé, et, donc, existera toujours ! La nature humaine est ainsi faite !» ajouterait-on soit avec un soupir si l’on a le cœur tendre, soit avec âpreté si l’on a un compte en banque à la place du cœur.

Eh bien non ! A son début, tout indique que les êtres humains ne pratiquaient pas l’exploitation des uns au détriment des autres, mais la coopération égalitaire, libre et solidaire, pour se protéger des agressions animales et pour affronter certains travaux collectifs. Ensuite, une fois apparue et pratiquée l’exploitation d’êtres humains par leurs semblables, une partie de l’humanité connut des périodes de révolte durant lesquelles cette exploitation fut éliminée au profit d’un retour à la coopération égalitaire, libre et solidaire. Appelons-la autogestion sociale. Malheureusement, celle-ci fut, chaque fois, réprimée par la force bureaucratique quand ce ne fut pas celle des armes. Pourtant, c’est uniquement durant ces courtes périodes d’autogestion sociale, qui ont généralement duré trois années (Russie 1917-1921, Espagne 1936-1939, Yougoslavie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Algérie 1962-1965), que ce mal social fondamental fut supprimé : l’exploitation économique de l’être humain par son semblable.

De la préhistoire

Dès lors, se pose la question : pourquoi ces expériences autogestionnaires ont-elles pu exister si peu et si peu de temps ?

Mon hypothèse est la suivante : le désir de certains humains de profiter de leur force, physique et/ou intellectuelle, pour jouir de la vie au détriment des autres, plus démunis de ce genre de force (phénomène dit : exploitation économique), ce désir produit une mentalité autoritaire, sous forme de domination sociale, laquelle, pour se légitimer, produit un conditionnement idéologique, sous forme cléricale et/ou laïque, cette dernière allant jusqu’à la prétention d’être «scientifique».

Pour ma part, je considère l’espèce humaine encore dans sa préhistoire tant qu’elle ne supprimera pas de ses pratiques cette «bactérie» sociale qu’est l’exploitation économique. Tout autre remède demeure uniquement une aspirine voulant éliminer ou atténuer l’effet, sans supprimer la cause.

Soit ! admettrait-on. Mais l’espèce humaine étant ce qu’elle est partout, et cela depuis tellement longtemps, n’est-on pas obligé, réalisme oblige, de se contenter d’«aspirine» en cherchant la meilleure possible ? Sous forme, notamment, de démocratie politique et de développement économique ? Ce genre de réplique, quelle personne la formule sinon celle qui, d’une manière ou d’une autre, directe ou indirecte, profite plus ou moins du système régi par l’exploitation économique ? Au contraire, une personne qui souffre réellement de l’exploitation ne dirait-elle pas : «Mais, alors, essayons l’autogestion sociale !» Il est facile d’imaginer les réactions négatives des personnes que cette proposition menacerait dans leurs privilèges. Et pourtant, pour paraphraser Galilée, peut-on mettre fin aux conflits sociaux autrement qu’en supprimant l’exploitation économique ?

Le dilemme

Ajoutons encore ceci. Outre à la pauvreté de la majorité de la population, tant au sein de chaque nation que dans la planète entière, au profit d’oligarchies minoritaires, l’exploitation économique produit inévitablement la guerre : la guerre sociale au sein des nations, qui devient parfois une guerre armée civile, opposant exploiteurs et exploités, d’une part et, d’autre part, la guerre entre les oligarchies des diverses nations, la plus ambitieuse et puissante voulant jouir de la vie au détriment des autres oligarchies.

Dans le passé, ce genre de conflit s’est traduit par des guerres, dont les plus récentes furent les première et seconde boucheries mondiales. Et le progrès scientifique et technique a fait arriver l’humanité aux armes nucléaires. Pendant une première phase, elles furent la garantie d’une guerre froide, assurée par ce qu’on appela la «dissuasion nucléaire». Celle-ci ne donnant à aucun protagoniste la garantie de vaincre, l’apocalypse nucléaire fut évitée.

Mais nous en sommes venus à ce que l’oligarchie dominante mondiale, celle qui domine les Etats-Unis, en vient à penser fabriquer des armes nucléaires tactiques, autrement dit évitant l’apocalypse planétaire, et même a surgi l’idée d’attaquer le premier, en estimant ainsi en sortir vainqueur. Ajoutons ce que l’histoire enseigne : toute oligarchie dominante, sachant le risque de disparaître, préfère toujours faire disparaître le monde entier avec elle. Tel est l’enjeu des conflits entre l’oligarchie actuellement dominante, celle des Etats-Unis, et celles qui aspirent à ne pas être exploitées par elle : les oligarchies russe et chinoise. Eh bien que ces oligarchies se différencient par leur degré de pratique de l’exploitation économique, il n’en demeure pas moins que toutes les trois sont basées sur ce fléau social. Voilà pourquoi, à l’expression passée «socialisme ou barbarie», nous en sommes, à présent, à celle qui me semble actuelle : autogestion ou apocalypse.

On ignore si l’espèce vivante de l’Atlantide exista et comment elle disparut ; mais on sait comment l’espèce humaine actuelle disparaîtra si elle ne renonce pas à éliminer cette bactérie finalement mortelle : l’exploitation économique, quelle que soit sa forme. Tout discours autre n’est-il pas, en définitive et malgré son apparence réaliste et rationnelle, rien d’autre qu’aspirine ? Bien entendu, les profiteurs du système pratiquant ce «remède» n’en ont cure ; mais jusqu’à quand ?

La folle course des dirigeants oligarchiques pour de nouvelles armes nucléaires et la militarisation de l’espace, où sont engloutis des milliards qui suffiraient à éradiquer l’exploitation de l’être humain par son semblable, cette folle course est très actuelle. Et les généraux cherchent fébrilement la manière d’attaquer les premiers, en espérant être vainqueurs. Exactement comme l’homme préhistorique, dont le cerveau était conditionné par la priorité de la violence, cherchait à attaquer le premier pour être vainqueur. Nous ne sommes pas sortis de la caverne (platonicienne, si l’on veut) préhistorique, à moins que la coopération libre, égalitaire et solidaire vienne nous en sortir.

Bien entendu, ces propos peuvent sembler celles d’un martien utopiste, totalement déconnecté des réalités actuelles de la planète Terre. Cependant, ces propos ne le sont pas davantage que ceux des personnes qui, en pleine domination du système esclavagiste, puis de celui féodal, ont clamé la nécessité de l’égalité, de la liberté et de la solidarité. Des changements significatifs furent réalisés : l’esclavagisme puis le féodalisme sont généralement éliminés, à l’exception de quelques survivances. A l’humanité reste l’élimination des systèmes exploiteurs qui ont pris leur place : le capitalisme, privé ou étatique, pour reprendre l’expérience de l’autogestion sociale, à moins de se résigner à la destruction nucléaire de l’humanité par un conflit déclenché par l’oligarchie hégémonique et poursuivi par les oligarchies qui la récusent.

Entre aspirine ou antibiotique au mal social fondamental de l’humanité (l’exploitation économique), n’est-il pas désormais urgent de choisir ? Toute tactique de changement social, pour être réellement efficace, ne doit-elle pas s’inscrire dans une stratégie précise à long terme ? Cette conception exige un effort trop coûteux ? Encore une fois, rappelons-le : il y va de l’existence de l’espèce humaine. Bien entendu, ces considérations s’adressent uniquement aux personnes qui ne tirent (ou ne veulent tirer) aucun profit du système basé sur l’exploitation économique de l’être humain par son semblable.

K. N.

[email protected]

(*) Pour les intéressés signalons les deux ouvrages fondamentaux : le Dao de jing (Classique de la voix) de Lao Tseu, et le Zhuangzi, du nom de son auteur. Ce sont des textes fondamentaux de l’humanité, mais généralement ignorés par l’idéologie mondiale dominante. En les lisant, l’on comprend le motif.

 

 

Comment (8)

    Alatriste
    31 janvier 2019 - 18 h 02 min

    Au rythme de l’épuisement actuel des ressources de la biomasse de la planète, le capitalisme cannibale n’aura plus rien à piller d’ici quelques décennies. L’espèce homoeconomicus sapiens-sapiens n’aura d’autre option de de s’auto-canibaliser pour s’autodétruire.Selon d’imminents scientifiques, l’ère de l’anthropocène touche déjà à sa fin annonciatrice de l’avènement de la sixième extinction de masse. Sachez donc que la planète terre n’en a rien foutre de vos réflexions contemplatives foireuses sur le socialisme d’État ou le capitalise libéral.Nos pères nous ont légué un monde merdique et nos enfants sont condamnés à passer à la trappe dans des conditions horribles. A propos, vous disiez quoi au sujet du socialo comunocapitalisme machin chose…? ça m’a l’air vraiment intéressant !

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    lhadi
    29 janvier 2019 - 15 h 18 min

    Le capitalisme n’est pas un rapport social, un rapport de production opposant ceux qui organisent le travail à ceux dont le travail est organisé. Le terme désigne la propriété privée des moyens de production et, par conséquent un mode de développement commandé par l’initiative privée d’entrepreneurs. symétriquement, le socialisme n’est pas davantage un rapport social, mais un mode de développement dirigé par un Etat planificateur qui s’est assuré de la propriété collective des moyens de production.

    Une conséquence immédiate de ces distinctions est que l’on peut parler de société industrielle aussi bien à propos de pays, capitalistes, que de pays socialistes. Mieux encore, l’analyse sociologique des rapports de production dans l’un et l’autre cas montre, au niveau de base de l’atelier ou de l’usine, de grandes similitudes. Lenine, parvenu au Pouvoir, fut aussi un de ceux qui introduisirent en Union soviétique les principes de rationalisation dans l’organisation du travail, et il est connu qu’il fut un grand admirateur de Frederich W. Taylor.

    L’ouvrier de la métallurgie, dans les pays de l’Est, est soumis à une organisation du travail comparable à celle de son homologue en Europe occidentale ou aux Etats-unis, et sa conscience proprement sociale, n’est pas fondamentalement différente. Le mouvement Solidarnosc, en Pologne, n’a pas seulement lutté pour l’instauration de droits politique et au nom d’un certain nationalisme polonais, il a aussi été porté par une classe ouvrière semblable à celle que l’on rencontre dans d’autres sociétés industrielles capitalistes.
    Est-ce à dire que les acteurs sociaux, définis par leur conflit dans les rapports de production, sont étrangers au développement, que les maitres du travail n’ont rien à voir avec le capitalisme, défini comme un mode développement, ou que le mouvement ouvrier est totalement différent de l’action politique pour le socialisme, ou du contrôle des Etats dits socialistes . Bien évidemment, non. D’abord, parce que l’indépendance des acteurs sociaux et de l’Etat n’est jamais absolue. Les acteurs dirigeants sont aussi des acteurs dominants, et la reproduction de leur position sociale passe par l’intervention de l’Etat, garant de l’ordre, agent de cohésion de la structure sociale. Les acteurs contestataires, symétriquement, en appellent simultanément au contrôle du progrès et de l’industrie, à la direction de l’accumulation et à celle de l’Etat. Ils ne peuvent être indifférents à un contre-pouvoir qui, sous le nom de socialisme, leur promet la direction politique de l’historicité. Le socialisme n’est pas seulement un mode d’intervention économique de l’Etat qui supprime, en théorie le rôle de l’initiative privée, il est aussi le prolongement utopique de l’action ouvrière depuis l’atelier et l’usine jusqu’au sommet de l’Etat.

    Une seconde conséquence des remarques qui précèdent est de rendre absurde l’idée que le socialisme succède nécessairement au capitalisme une fois celui-ci parvenu à épuisement ou à maturité. L’un comme l’autre sont deux modes de développement et, plus précisément, mais pas toujours, deux voies pour l’industrialisation, deux formes politiques qui correspondent éventuellement à un même type de société, industrielle, mais aussi peuvent n’avoir rien à voir, avec elle, puisqu’il existe des régimes capitalistes ou socialistes sans industrie, sans entrepreneurs industriels ni classe ouvrière.

    La notion de classes sociales a été si fortement associée à la société industrielle, et si centrale dans les différentes variantes de la pensée marxiste, qu’elle semble aujourd’hui obsolète, propre à un type de société dépassé et à des courants idéologico-politiques en déclin. Surtout, elle a trop souvent véhiculé une philosophie de l’histoire, avec l’idée d’un rôle messianique de la classe ouvrière, elle a trop souvent permis d’escamoter le sujet social – le mouvement ouvrier proprement dit – au profit des acteurs politique (partis ou avant-gardes), elle a trop souvent effacé l’acteur derrière le système capitaliste ou impérialiste, et ses contradictions, pour qu’il soit possible de maintenir ce vocabulaire déprécié et en partie inadapté. Mieux vaut parler de mouvements sociaux. Un mouvement social n’est pas n’importe quelle lutte, aussi importante qu’elle puisse paraitre, mais une signification bien précise, que l’on trouve éventuellement dans telle ou telle lutte, dans la mesure où l’action porte un projet d’appropriation de l’historicité.

    Quant à la religion, il importe d’expliquer le fait religieux et non de tout expliquer en terme religieux. Ce qui implique une autonomie de la recherche et de l’enseignement. La sociologie classique a essentiellement ouvert trois modes d’approche en ce domaine. Pour Emile Durkheim (les formes élémentaires de la vie religieuse,P.U.F., Paris 1960 ; 1er éd. 1912), la religion est un ensemble de représentations et de pratiques par lesquelles une société se pense comme telle ; elle assure le lien social et la prééminence de la société sur les individus. Pour Max Weber (l’Ethique protestante et l’aspect du capitalisme, Plon, Paris, 1967 ; 1er de. 1921), la religion définit des orientations normatives de l’action nécessaires ou impérieuses. Enfin, pour Karl Marx, la religion est « l’opium du peuple », un mode de mystification assurant l’aliénation des acteurs dominés au profit de ceux qui les exploitent. La sociologie de la religion a souvent oscillé entre ces trois perspectives fondatrice, elles-mêmes plus ou moins inscrites dans le mouvement plus large des lumières et associées à l’idée que la modernité est synonyme d’affaiblissement de la religion.

    fraternellement lhadi
    ([email protected])

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    Blakel
    29 janvier 2019 - 4 h 44 min

    Vous pointez du doigt « l’exploitation économique ». Mais si on veut aller au fond des choses, au delà de cette « exploitation économique » qui n’est qu’une des conséquences, il faut s’intéresser à la nature humaine, et en particulier à l’avidité, qui caractérise encore un certain nombre d’individus. Tant que l’état d’esprit humain n’évoluera pas suffisamment, il sera difficile de se prémunir contre les tentatives d’exploitation, de prédation,de vol.
    Parmi les religions que vous citez, le boudhisme constitue pour moi un contre exemple, dans la mesure où il prône normalement le renoncement, un certain détachement vis à vis de ses désirs (y compris matériels), ce qui devrait normalement prémunir contre l’exploitation, la prédation, le vol. Epicure et dans une moindre mesure Epictete prônaient des idées assez proche du renoncement boudhiste.

      Elephant Man
      29 janvier 2019 - 17 h 05 min

      @Blakel le bouddhisme prône la haine et le massacre des Rohingyas, en quoi sont-ils différents…

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        Blakel
        30 janvier 2019 - 4 h 26 min

        Tu résumes le boudhisme, aux agissements de certains extremistes birmans (boudhistes mais surtout nationalistes). Dois-je en conclure que pour toi l’islam se résume à daesh ? Lorsque le boudhisme est apparu, il n’existait pas de Rhohingyas musulmans (l’islam n’existait pas), comment dès lors pouvait-il souhaiter leur massacre ? Réfugiés rhoyingyas d’ailleurs très mal accueillis par leurs « frères » musulmans du Bangladesh.

    anonyme
    28 janvier 2019 - 14 h 44 min

    « Enfin, le «socialisme» (ou «communisme») étatique fut plus ambitieux et le demeure chez ses partisans : l’élimination totale de la pauvreté sociale. On connaît les résultats. »
    Vous voudrez bien les précisez s’il vous plaît ?! Franchement, vous assenez des conclusions sans arguments et vous voudriez que l’on vous croie ? Désolé, mais le communisme a fonctionné partout où il a été mis en oeuvre. Sans l’adversité capitaliste (freins financiers, embargos, désinformation et guerres), il aurait encore mieux fait. Ce qui a précipité sa chute, c’est la cupidité de l’homme et l’égoïsme dans lequel il est plongé depuis le jardin d’Eden…

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      Anonyme
      29 janvier 2019 - 9 h 21 min

      Bien entendu pour toi si le communisme a été un échec c’est la faute des « autres ». Tu ne te poses pas la question de savoir si son échec ne provient pas des soit-disant communistes qui ont mis en place cette doctrine et les dérives qui s’en sont suivies.

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    Zaatar
    28 janvier 2019 - 11 h 48 min

    Ce décryptage fantaisiste n’a plus aucun sens. Si on voudrait savoir les véritables maux de la société, il faudrait se pencher sur ce qu’est le naturel de l’être humain… son égoïsme, sa malhonnêteté, ses ambitions, ses désirs et ses plaisirs…etc. C’est ce qui façonne par continuité d’être en être les sociétés… tout le reste c’est du délire résultant de ces mêmes comportements naturels de l’être humain… ne vous y trompez pas le constat vous le faites au quotidien j’en suis certain..

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