Leurs codes trépanent pour longtemps

caricature danger
La banderole qui a fait exploser la colère des Al-Saoud. D. R.

Par Saadeddine Kouidri – Trump voulait faire croire au monde que le nucléaire de la Corée du Nord était un danger. Il se trouve qu’il n’a entretenu cette crise que pour soutenir davantage le complexe militaro-industriel et vendre au Japon et à la Corée du Sud, pour des milliards de dollars, de nouveaux armements… Sa reconnaissance d’El-Qods comme capitale d’Israël relève de la même stratégie. Comme un homme averti par tant de cupidité, l’ONU, ce 21 décembre 2017, a voté à la majorité écrasante la résolution condamnant la décision étasunienne. Comment souffler sur le brasier est l’exercice favori du locataire de la Maison-Blanche puisqu’il s’avère que la guerre est l’activité la plus bénéfique.

Pour Trump, elle fait des morts naturellement puisque, pour lui, la guerre relève d’un processus naturel. Elle fait des handicapés, des indigènes, c’est-à-dire des hommes dépourvus de lois et d’institutions, pour les protéger et en sus des traumatisés, faciles à manipuler. Le traumatisme est parfois léger et se révèle, par exemple, lorsque le professeur accuse les Palestiniens d’avoir vendu leur terre. C’était sur Canal Algérie, à une heure de grande écoute. Parfois, il est si profond que les imams des mosquées ne font qu’invectiver les femmes, et pendant des décennies, et il se révèle jusqu’à ce jour au quotidien particulièrement par le mépris des femmes et des enfants.

La colonisation reste la cause principale du traumatisme du Maghrébin. Ils étaient plus de cent mille soldats indigènes d’Algérie à faire la guerre dans l’armée française pour délivrer l’Europe du fascisme. L’un d’eux avait moins de vingt ans en 1939. Il se fait prendre lors de la Seconde Guerre mondiale par l’armée allemande, il est torturé par un jeune nazi. Sa mère, venue crier sa joie avec son peuple ce jour de la victoire, est tuée ce 8 mai 1945 par un colon à Sétif. En 1958, il est dans l’Armée de libération nationale, il se fait arrêter et torturer, cette fois par l’armée française du général de Gaule. Le 19 juin 1965, Boumediene destitue par un coup d’Etat le premier élu du peuple, le président Ben Bella ; il proteste et se fait arrêter. Il est encore torturé. Il manifeste en octobre 88, par exemple s’il était plus jeune. Il est arrêté et se fait torturer. Il est un intellectuel, un policier, un militant ou simplement une femme qui travaille, un jour de la décennie du terrorisme, disant un jour de mars 1990, il ou elle, est arrêté(e) et torturé(e) et cette fois par un national-islamiste. Il est syndicaliste, il est membre d’un parti politique démocratique, il est un militant des droits de l’Homme, elle milite pour l’abrogation du code de la famille. Il milite pour la laïcité. Il est jeune et aspire à voyager, yahrag forcément dans la plupart des cas et c’est la houle de la Méditerranée qui se charge de le malmener jusqu’à la mort dans la plupart du temps ou de le mener à une situation précaire que l’Europe lui réserve. Il retombe donc dans une sorte d’indigénat.

L’indigène est cet homme qui n’a pas de loi et d’autorité pour le protéger. Aucune force ne pouvait restreindre les desiderata du colon aux temps de la colonisation de peuplement. Ce n’est qu’en 1881 que le Code de l’indigénat fut adopté. «Il fut sans cesse amélioré» de façon à adapter les intérêts des colons aux «réalités du pays». On pourrait ajouter : il est la suite du Code noir sur les esclaves. Un troisième code qui discrimine la femme, et qui fut sans cesse amélioré dans l’intérêt des féodalités algériennes, verra le jour en 1984. Comme on le constate, le mal-être est profond et il l’est davantage avec cette discrimination par les officiels de nos langues maternelles et, particulièrement, la dardja. Vous êtes tentés de me rappeler d’autres codes comme celui du travail, ce qui nous amène forcément à la question : connaissez-vous le code du patronat ? Pour conclure sur ce sujet, il faudra dire que seul ce dernier pourra donner à l’Inspection du travail sa crédibilité.

Suite au tifo d’Aïn M’lila, le pouvoir saoudien a exigé des excuses à l’Algérie. On ne sait toujours pas ce qui a offusqué les Saoudiens. Il suffisait donc pour le savoir que Messahel twitte la question à son vis-à-vis saoudien. Ce dernier aurait été incapable de répondre parce qu’il n’aurait jamais osé dénoncer par écrit ce tifo qui le met sur un pied d’égalité que son parrain. Le roi Saoud devait féliciter les jeunes d’Aïn M’lila de l’avoir élevé au rang de son maître en reprenant l’écho de ce cri de joie des supporters du Raja de Casablanca : «Jouez, jouez Algérie, nous sommes des frères pas des ennemis !»

Quand un pouvoir est sur la défensive, conséquence de la neutralité, et face à un pouvoir réactionnaire, ce pouvoir qui finançait le FIS, il est forcément perdant. La défaite des Etasuniens à l’ONU est double pour les wahhabites puisqu’ils ont été acculés à voter contre leur parrain. Face à cette double défaite, ils se redorent le blason sur le dos des autorités algériennes qui, auparavant, avaient accepté qu’une femme voilée toute vêtue de noir dans la délégation du président du Conseil de la choura saoudien. Serait-elle une sénatrice ou répond-elle à une provocation ? Dans la même semaine, un barbu au qamis blanc immaculé, muni d’un burin et d’un marteau, s’en prenait à la statue d’Aïn El-Fouara, à Sétif. Il a été stoppé dans sa folie par des jeunes et nous rappelle qu’en avril 1997 une bombe déposée par des islamistes avait détruit cette égérie des Sétifiens qui a été réhabilitée.

Ceux qui torturent, ceux qui censurent, ceux qui cultivent la terreur se méprisent. Cette aliénation qui consiste à voir l’autre comme inférieur ou, au contraire, comme un diable, un danger potentiel préjudiciable à leur vie, à leur tranquillité, à leurs intérêts. Ils cultivent le racisme jusqu’à en faire un crime parfait dans une société qui ne cherche plus le coupable. Opposer une frange de la société à une autre à cause d’intérêts étroits comme ceux de l’esclavagiste, ceux du colon, du féodal, du bourgeois jusqu’à l’assimiler à l’intérêt général fait appel le plus souvent au racisme qui consiste à rabaisser la nature de l’autre pour mieux l’exploiter. L’Europe a toujours besoin de main-d’œuvre étrangère. Elle mentionnait plusieurs millions. Non seulement elle n’organise pas ce flux mais, apparemment, elle désorganise l’entrée en Europe des demandeurs d’emplois pour les précariser et mieux les exploiter. La France, par exemple, emploie plus de 300 000 résidents illégaux et 30 000 légaux. Du coup, la majorité est dépourvue de toute protection. En fait, elle veut une main-d’œuvre au rabais pour ses patrons flibustiers, à l’instar de Lafarge qui est médiatisé par la TV nationale au moment même où le financement de cette multinationale à Daech est incontestable, excepté par des parlementaires français. Est-ce un deal pour blanchir Lafarge à travers Alger pour plaire à Macron ? La France continue à exploiter la main-d’œuvre précarisée tout en dénonçant l’émigration sauvage qu’elle entretient. Sa corruption, ses intrigues et ses milices en Afrique semblent de moins en moins efficaces puisqu’elle est contrainte d’envoyer ses soldats pour préserver ses intérêts. La guerre contre la Libye est l’exemple le plus flagrant, le Mali est un autre exemple.

Tout le monde sait que ses soldats français sont au Sahel pour continuer à assurer l’exploitation des mines aux dépens des Maliens, des Nigériens… Macron s’affiche comme un nouvel homme politique pour mieux poursuivre celle de ses prédécesseurs. Pour le moment, il semble réussir contrairement à Trump qui affiche sans vergogne la politique raciste de son pays. Un racisme tourné en premier contre ses concitoyens. La levée du coude de Trump sur le dossier de la ville de Jérusalem relève du même mépris. Elle est aussi sa réponse à ses électeurs évangélistes pour leur dire qu’il est toujours aux commandes malgré ses échecs. Ses Daech en Irak comme en Syrie ont été défaits. Il n’admet pas que les Chinois et les Russes puissent le concurrencer car ils sont, à ses yeux, rien moins que des ennemis. Un Chinois ou un Russe comme concurrent ne lui vient pas encore à l’idée. Il ne lui restait que la Palestine avec, à l’affiche, un soutien de l’Arabie Saoudite pour se dorer le blason auprès de ses électeurs ! L’essentiel, pour lui, est de s’enrichir et d’enrichir les magnats étasuniens.

Face à ces démons, la h’chicha talba m’îcha des uns, la sélection naturelle des autres, au bien et au mal que les manichéens fourguent aux monothéistes pour confondre un produit inhérent à la nature animale, le bien, avec un produit de l’histoire de l’Homme, le mal. Ces philosophies et d’autres voilent la conscience politique et nourrissent la conscience religieuse qui installe l’apathie de la majorité et l’intégrisme d’une minorité. Faut-il rappeler que la sélection naturelle tend à la négation de la négation grâce aux instincts sociaux ? Darwin écrit dans son livre La Filiation de l’Homme : «Si important qu’ait été, et soit encore, la lutte pour l’existence, cependant, en ce qui concerne la partie la plus élevée de la nature de l’homme, il y a d’autres facteurs plus importants. Car les qualités morales progressent, directement ou indirectement, beaucoup plus grâce aux effets, de l’habitude, aux capacités de raisonnement, à l’instruction, à la religion, etc., que grâce à la sélection naturelle…» Il précise : un «civilisé» qui traiterait un homme d’une autre race ou culture comme un inférieur régresserait donc vers la barbarie.

«L’autre n’est pas mon semblable.» Cette aliénation a fini par être bénite, y compris par la «morale» juive, chrétienne et musulmane. On peut dire aujourd’hui sans exagérer que la morale qui a été le monopole des religions et des grandes philosophies depuis des milliers d’années à ce jour est simplement immorale. Trump, Netanyahou et tous les assassins des peuples sans ces philosophies et ces religions auraient été considérés unanimement, et depuis longtemps, pour ce qu’ils sont, des voyous, des bandits, des criminels. La «concorde civile» prend sa source dans de telles erreurs et manipulations qui voilent sa monstruosité.

Si notre jeunesse a cru bon d’interpeler Macron sur les crimes de la colonisation, elle n’a pas senti le besoin de lui rappeler que la colonisation de peuplements se confond plus avec le génocide qu’avec la civilisation. Quand des historiens algériens n’affirment pas cette vérité vraie, qui consiste à dire que l’Algérie est indépendante après une victoire ; quand la victoire est souvent mise en doute, ce doute ne permet pas à la jeunesse d’être offensive face à un ex-représentant des Rothschild. Ceux qui exigent la repentance ajoutent encore des soupçons à notre victoire, car c’est là une autre manière pernicieuse de dire que nous n’avons pas vaincu la colonisation mais une religion en réponse à l’Evêque de Paris qui qualifia, en 1830, la prise d’Alger d’une victoire des chrétiens sur les musulmans.

Si des excuses doivent être présentées, c’est pour confirmer au monde que la colonisation n’est rien d’autre qu’un crime contre l’Humanité, à l’instar de l’esclavagisme du racisme, du fascisme, de l’apartheid et du sionisme. Macron non seulement ne veut pas le confirmer mais il l’infirme en niant la lutte de décolonisation du Sahara Occidental. Son attitude envers le jeune Yanis ne l’a embrouillé que parce qu’il cache mal sa volonté de perpétuer le mensonge, et qui permet à son pays d’être à la tête d’une puissance qui occupe toujours des millions de kilomètres carrés d’océans de leurs îles et de leurs populations et, probablement, où nage la Baleine Bleue pour «dévorer» des Martiniquais et d’autres indigènes. L’eau ne lui suffit plus, il veut se dorer dans notre océan de sable avec la bénédiction de notre armée.

Après l’échec de l’intrigue, de la corruption et des milices locales, la présence du soldat leur est nécessaire pour préserver leurs intérêts. Même l’Italie va envoyer ses soldats au Niger, le pays de l’uranium.

S. K.

Comment (2)

    Rayés Al Bahriya
    25 décembre 2017 - 9 h 58 min

    Ain Mlila PALESTINE, meme combat.
    Jetez la révolution ds la rue …et elle sera prise à bras le corps par son peuple.
    Merci Ain Mlila PALESTINE.




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    Hmida
    25 décembre 2017 - 9 h 21 min

    D’accord avec toi SK, sauf pour « Boumediene destitue par un coup d’Etat le premier élu du peuple ».
    Il n y a jamais d’élu élu du peuple, mais désignation par les officines qui ont détourné notre révolution et continuent de nous maintenir sous leur joug.




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