Famille je vous hais !

Famille
Enterrement de Johnny Halliday à Saint Barthélémy. D. R.

Par Al-Hanif – «Famille je vous hais !» La phrase de Gide (par ailleurs pédophile qui se vantait d’être protégé par son prix Nobel de littérature) aurait pu être prononcée par un Johnny Halliday de retour d’outre-tombe.

Celui qui avait été divinisé lors de son trépas, tel un Dieu las et fatigué de sa divinité mais qui consent à mourir dans les bras de la nation, qui a servi à tisser le récit national d’une concorde nationale brodée avec la trame de la fiction d’une identité française heureuse et unifiée. Monsieur Smet a mis, par un testament contesté, le pays à feu et à sang. Du moins métaphoriquement.

La peau tendue des tambours médiatiques n’en finit plus d’exploiter le filon.

La France de Johnny retrouve son appétit pour cette pulsion scoopique qui pousse tout un chacun à être voyeur et exhibitionniste. Elle se divise, comme dans un drame shakespearien entre partisans d’un camp ou de l’autre, et dont il vaut mieux ignorer les motivations profondes.

Les deux ex-présidents français et le troisième en exercice voudraient bien faire oublier leur présence en tête du cortège funéraire, car terrifiés par l’idée de devoir s’exprimer sur la bombe à retardement sous forme de dernière volonté du chanteur. Les média hyènes à la voracité insatiable s’arrachent le cadavre et les lambeaux de célébrité qui s’y attachent encore. La contestation du testament devient intra-familiale et sujet incontournable pour s’étriper en société.

Dans une actualité où informations et catastrophes se succèdent avec une rapidité folle, le sujet «Johnny» s’enkyste sous la forme d’un feuilleton interminable et glauque. Les haines familiales exposées en plein jour sont venues dynamiter la fiction d’une famille digne et recueillie. La porte de l’inconscient collectif est désormais grande ouverte et les dispositions testamentaires du défunt vieux rocker s’invitent à la table des Français et dans toutes leurs conversations. Les chaînes d’information continue, à la raison d’être bien usurpée, offrent leurs plateaux et les transforment en catharsis du pauvre pour vies virtuelles et cervelles intoxiquées.

Des juristes en profitent pour se faire un nom en prenant prétexte d’éclairer le téléspectateur sur les complexités des trusts et les spécificités du droit patrimonial américain. D’autres, ravis de l’aubaine, verront dans la survivance du droit romain un argument pour la latinité du pays et l’héritage judéo-chrétien.

Des journalistes des magazines people se distribuent dans un camp ou dans l’autre et vous embarquent derechef dans l’intimité tumultueuse de la famille Halliday. Des voyeurs, dissimulés sous l’étiquette de biographes, viennent monnayer leurs fausses confidences.

Le déballage malsain ne semble frappé d’aucune date de péremption !

Hypocritement, des animateurs de plateau feront semblant de déplorer devoir consacrer trop de temps à un litige privé. Cette posture est immédiatement démentie à voir l’œil qui frise et la lèvre gourmande, et la conscience d’affoler l’audimat grâce à la moindre indiscrétion distillée au goutte-à-goutte.

S’insurger contre les réserves de bêtise devient devoir moral et le dévoiement des média devient incrédulité quand aucune instance de régulation, comme le Conseil de l’audiovisuel, ne tape sur aucun doigt et ne siffle pas la fin de la partie. A moins que le feuilleton «Johnny» ne serve à étouffer les vrais sujets d’information en montrant où se trouvait la priorité des Français.

Dans cette grille de lecture, l’opinion publique ne réclamerait aucune information sur les sujets sociétaux, ni sur la décision de se joindre à une force atlantiste pour attaquer la Syrie, ni dans le projet de démantèlement des protections des salariés en menaçant leur statut, ni dans la tentative de construire la précarité et l’ubérisation comme modèles du nouveau monde macronien.

Désormais, la France coupée en deux, ne tournerait qu’autour d’un axe qui ferait la preuve de sa rotondité quand le camp pro-Laeticia alternera avec celui des «ex» : ex-enfants et ex-épouses.

Noam Chomsky, Edward Snowden, tous ceux qui revendiquent la possession de neurones, et tous les lanceurs d’alerte pourraient aussi bien s’adresser aux martiens !

«Que Je Haine» pourrait devenir le prochain tube !

A.-H.

Comment (3)

    Zaatar
    16 avril 2018 - 5 h 21 min

    Oui « Que je haine » pourrait être le prochain tube, et avant cela, le défunt Rocker a bien allumé le feu avant de partir…




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    Anonyme
    15 avril 2018 - 19 h 27 min

    Laeticia est née Boudou et cette famille, dont les medias semblent taire l’origine, a fait une OPA sur les biens du chanteur ce qui est tout le problème…




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    benchikh
    15 avril 2018 - 16 h 55 min

    « Plus la cuisine est grasse, plus le testament est maigre » proverbe Français




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