Contre l’idéologie harkie – Guerre de libération, société actuelle et «intellectuels» harkis (6)

harkis et intellectuels
L’oligarchie française a de tout temps besoin de coloniser pour s’enrichir. D. R.

Par Kaddour Naïmi – Suite à l’examen de l’attitude des dirigeants algériens après l’indépendance, à propos de la guerre de Libération nationale(1), revenons aux écrivains et artistes algériens ou d’origine algérienne. Comme dans le cas des politiciens, nous constatons une corrélation directe entre l’attitude envers la guerre de Libération nationale et celle concernant la réalité sociale actuelle de l’Algérie. Les dirigeants étatiques occultent la vérité sur la première et gèrent la seconde de manière oligarchique ; tandis que les harkis dénigrent la première et ne voient que négativement la seconde. Concernant ces derniers, essayons d’éclairer les procédés fondamentaux vis-à-vis du passé puis du présent.

Premier cas : la guerre de Libération nationale.

Tous les mouvements de résistance dans le monde, sans exception, ont connu des actions inacceptables, contraires à l’idéal proclamé et poursuivi. Cependant, les auteurs objectifs n’ont pas tiré de ces événements négatifs une généralisation pour dénigrer la résistance en tant que telle. Pour ce qui est spécifiquement de l’Algérie, ces auteurs n’ont pas, non plus, suivi la tendance colonialiste et néocolonialiste française. Elle est représentée notamment par un Eric Zemmour déclarant le «rôle positif» de la colonisation, un Alain Finkielkraut, honoré par l’Académie, assurant le «bien aux Africains» que fut le colonialisme français, et un Robert Menard, l’auteur de Vive l’Algérie française !(2).

Est-ce là uniquement des propos concernant le passé ?… Absolument pas ! Il s’agit d’une évocation d’un passé (colonial) pour justifier un présent à visée néocoloniale. Car, de même que dans le passé, l’Algérie possédait des ressources naturelles, un territoire et une force de travail, elles les possèdent aujourd’hui encore davantage. Et de même que dans le passé, l’oligarchie française avait besoin de coloniser pour s’enrichir, elle a également aujourd’hui besoin du même recours pour ne pas perdre ce qui lui reste d’hégémonie «impériale». D’où l’agression continue des représentants de cette oligarchie capitaliste («socialistes» et «libéraux») en Libye, puis en Syrie, en attendant le tour de l’ex-colonie «chérie» : l’Algérie.

Comment, donc, justifier l’actuel néocolonialisme sinon en mettant en valeur les aspects «positifs» du colonialisme passé ? Et comment y parvenir sans salir la guerre de Libération nationale algérienne afin de lui enlever toute légitimité ? Les deux démarches constituent un processus unique complémentaire.

C’est dans cette infecte tendance idéologique néocoloniale que se placent les productions et déclaration des harkis algériens ou d’origine algérienne dans le domaine culturel : romans, films, théâtre, déclarations de presse, participation à des colloques, chansons, etc.(3). La meilleure preuve que ces œuvres répondent aux intérêts néocoloniaux, c’est qu’elles sont financées, parrainées, commercialisées, glorifiées par leurs représentants politiques, économiques et «culturels». Autrement, a-t-on jamais vu des capitalistes offrir leur argent pour des œuvres «culturelles» dont ils n’étaient pas les premiers à en tirer profit d’une manière ou d’une autre ?

Notons la méthode d’exposition médiatique glorificatrice de ces «œuvres» : elles sont présentées comme l’aspect «civilisé» d’autochtones combattant la «barbarie» de leur propre peuple. Version actuelle des «Ya ! Ya ! Banania !» et «beni-oui-oui» de l’ignoble époque coloniale. Bien entendu, cet aspect «civilisé» de l’auteur indigène ou d’origine indigène se présente comme tel parce qu’il se réfère aux «valeurs» occidentales, considérées comme les seules valables. Et, bien entendu encore, ce discours est soutenu et financé par les promoteurs néocoloniaux de ces «œuvres».

Qui croirait que c’est là procédure et langage nouveaux, ignore l’histoire. Dans le passé, tout colonialisme, et cela dès les invasions dans l’antiquité (Grèce, Chine, Inde), ne tenait-il pas le même discours par la voix de ses politiciens, idéologues, écrivains et artistes ? Apporter la «civilisation» aux «barbares» : là était et là demeure aujourd’hui l’«argument».

Quant au colonialisme visant spécifiquement les peuples musulmans, et cela dès les croisades, les arguments employés étaient de la même substance. Il a suffi de remplacer un mot par un autre particulier : islam rétrograde, domination inacceptable de l’homme sur la femme, sexualité «débridée», «mystérieux harem», «danse du ventre langoureuse à la limite de la décence», «sultan» et «peuple» «fourbes» (les nazis ont appliqué l’adjectif aux juifs et les «Occidentaux» à tous les peuples du «Tiers-Monde»). Non pas que, dans les sociétés musulmanes, des problèmes, et graves, n’existaient ou ne perdurent pas, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les arguments et la méthode de les présenter par les néo-colonisateurs et leurs harkis servent uniquement à légitimer une «supériorité civilisationnelle» contre une «barbarie», pour justifier une domination coloniale passée et une autre néocoloniale présente et future. Cette «supériorité civilisationnelle» finira par se manifester par l’agression militaire(4).

Second cas : la société actuelle.

Rappelons-nous, récemment, le copilote allemand qui se suicida en entraînant dans sa mort tous les passagers de l’avion. Si cet homme avait été musulman (et/ou arabe, pakistanais, afghan, asiatique, latino-américain), les auteurs harkis (et leurs mandataires) auraient affirmé : «C’est parce qu’il est musulman (et/ou arabe, pakistanais, afghan, asiatique, latino-américain) qu’il a commis ce crime !» Donc, procédé généralisateur sans nuance. Cependant, on se limita à déclarer une carence individuelle psychique, sans procéder à une généralisation abusive, par exemple, en rattachant le geste du copilote au fait qu’il était : 1) chrétien, en évoquant les évangiles où on trouve une notion permanente et fondamentale : le «sacrifice» ; 2) allemand, en évoquant le récent passé nazi de l’Allemagne et sa pratique de la «punition collective», puisque le copilote entraîna dans sa mort celle des passagers de l’avion ; 3) de culture germanique, en se basant sur la philosophie de Nietzsche : «volonté de puissance», «surhomme», mépris de la foule.

Personne n’a présenté ce genre d’«analyse». Pourquoi ?… Simplement parce que personne ne songeait à légitimer une néo-colonisation de l’Allemagne par ce genre d’article de presse. Cependant, avant la Première Guerre mondiale, des articles pullulaient en France, accusant l’Allemagne de «barbarie germanique» : alors, il fallait justifier la guerre de l’oligarchie française contre l’Allemagne.

Autre exemple. On sait que les viols de femmes par des hommes existent partout, y compris dans les pays dits civilisés. Néanmoins, a-t-on jamais lu un article de presse, écrit par un journaliste de ces pays, affirmer que tel viol, commis par un individu ou un groupe, est le produit d’une société entièrement malade, tarée, où la femme est réduite à un objet érotique commercialisée systématiquement dans la publicité, où la sexualité est envahie par la pornographie, où les valeurs éthiques sont méprisées au profit du gain financier, etc., etc. ?… Non ! Le journaliste se limite à examiner le cas dans sa spécificité circonstanciée, simplement.

Par contre, quand on accusa des Algériens de viol à Cologne, en Allemagne, Kamal Daoud s’est empressé immédiatement, sans même attendre le verdict de la justice, d’affirmer de stupéfiantes généralisations, applaudies et diffusées par des «Occidentaux» que cette présentation de l’événement arrangeait. Pardi !… Mais c’est encore là le «choc des civilisations» entre la «barbarie» et la «civilisation» ; il faut donc, pour sauver la seconde, combattre la première. Précisons qu’à la fin du procès concernant ces viols, les magistrats ont innocenté les inculpés. Mais combien de moyens d’«information», contrôlés par les tenants du «choc des civilisations», ont présenté leur autocritique ? Aucun, à ma connaissance. Et l’auteur de l’article infamant, Kamal Daoud ?

Signalons une précédente initiative harkie. En 2010, une «caravane» se proposait de légitimer Albert Camus en Algérie(5). Tiens ! Tiens !… Alors qu’il avait déclaré «préférer» sa mère à la «justice», autrement dit, la population coloniale européenne aux indigènes qui voulaient l’indépendance. Et pourtant, l’écrasante majorité de cette population coloniale était hostile à l’indépendance, quoique le programme qui la décrivait n’excluait pas la présence européenne, une fois le pays libéré du colonialisme. Extrêmement rares furent les Européens d’Algérie qui ont soutenu l’idéal indépendantiste.

Retournons à la «caravane» en faveur de Camus, l’opposé à l’indépendance. Autorités étatiques algériennes (en la personne de l’officiel directeur du Centre culturel algérien de Paris, qui était… Yasmina Khadra. Tiens ! Tiens !), une partie significative de la presse algérienne, dite d’opposition, et des privés ont soutenu cette tentative de «reconquête culturelle» du peuple algérien, prélude et condition de sa néo-colonisation. Seul, un petit groupe d’intellectuels algériens dénonça cette entreprise en la mettant dans la stratégie néocoloniale, où elle s’insérait objectivement. La «caravane» avorta. Bien entendu, ce petit groupe de protestataires fut calomnié de toutes les manières par les «élites» dominantes, en France comme en Algérie. Quels furent les arguments ?… Le «droit à la culture» pour le peuple algérien et le refus du «ressentiment chauviniste» lié au «passé». Cependant, voici ce qu’on peut lire :

«(…) Sartre, lors de sa célèbre conférence de 1956 : ‘‘Le colonialisme est un système’’. Répondant à une question posée par un interlocuteur fictif, qu’il nomme un ‘‘réaliste au cœur tendre qui proposait des réformes’’ (et on ne peut que penser que Sartre visait Albert Camus), réformes qualifiées de ‘‘mystification néocolonialiste», il ironisait : ‘‘Les néocolonialistes pensent qu’il y a de bons colons et des colons très méchants. C’est par la faute de ceux-ci que la situation des colonies s’est dégradée’’. Non, disait Sartre, il n’y a pas de ‘‘bons colons’’ qui pourraient racheter les fautes et les crimes des ‘‘méchants’’, il y a des colons tout court qui, tels les bourgeois de Marx, ont créé leurs propres fossoyeurs : ‘‘Les colons ont formé eux-mêmes leurs adversaires ; ils ont montré aux hésitants qu’aucune solution n’était possible en dehors d’une solution de force. L’unique bienfait du colonialisme, c’est qu’il doit se montrer intransigeant pour durer et qu’il prépare sa perte par son intransigeance’’. Même si ce n’est plus à la mode, je me range pour ma part à cette conclusion de Sartre.»(6)

On découvre, alors, la méthode des auteurs harkis : partir d’un fait incontestable (sans avouer sa particularité circonstanciée), du passé ou du présent, pour le présenter comme signifiant général et absolu, sans tenir compte d’autres faits qui en relativisent la valeur explicative. Et, naturellement, on oculte totalement l’enjeu fondamental : le rôle de la culture dans le conflit entre dominateurs et dominés. Résultat : on donne de la société visée une image complètement barbare, obscure, cruelle, scandaleuse, donc… inacceptable. Par conséquent, «quelqu’un» de «civilisé» doit apporter la «civilisation» à ce peuple. Camus a-t-il agi de manière diverse ? En dénonçant les violences commises sur des civils européens par les combattants de la guerre de Libération algérienne, sans considérer celle-ci dans le cadre des crimes contre l’humanité commis par le colonialisme français (ce que Sartre reconnaît et souligne), Camus ne justifiait-il pas la présence coloniale (sa «mère») en Algérie, au détriment de l’indépendance nationale (la «justice») ?

Alors, Camus comme les auteurs harkis algériens ou d’origine algérienne se présentent en révoltés contre l’injustice et la barbarie, en défenseurs des droits humains, de la civilisation et du progrès, en les plaçant uniquement d’un côté, celui des colonisateurs puis néo-colonisateurs. Concernant Camus, on évoqua pour sa défense sa sympathie pour les anarchistes. Or, ceux-ci ont tous condamné le colonialisme, sans ambiguïté ni réserve. Même ceux des anarchistes qui dénonçaient le caractère totalitaire du FLN et la possibilité de création d’une caste antipopulaire, après l’indépendance, n’allaient pas jusqu’à dénier la légitimité de la lutte du peuple algérien pour abolir le système colonial. Dans la vision de Camus, «l’homme révolté» se divisait en réalité en deux catégories : le «bon» et le «mauvais», ce dernier étant l’Algérien, voulant l’élimination du colonialisme.

Notons qu’au sujet des auteurs harkis, les autorités algériennes n’en ont cure, puisqu’elles ne déclenchent pas les habituelles répressions administratrices, d’emprisonnement ni d’assassinat «mystérieux»(7). C’est que les écrits et les déclarations des harkis ne portent pas sérieusement atteinte aux intérêts des détenteurs de l’Etat. Au contraire, d’une certaine manière, ils les servent. Car, d’une part, dénigrer la guerre de Libération nationale, c’est jeter le discrédit sur ses représentants authentiques, et, donc, légitimer les usurpateurs. D’autre part, calomnier la société algérienne présente, c’est affirmer sa «barbarie» et, donc, justifier la nécessité de la dominer par une caste. Ses intruments ?… Une vision asservissante de l’islam, une «culture» folklorisante dégradée et dégradante, des moyens de coercition administrative.

Mais, il y a d’autres personnes qui trouvent tout leur intérêt dans ces œuvres et déclarations de harkis. Qui ?… Mais, pardi ! Ceux qui se proclament les «civilisés», les défenseurs des droits humains, de la démocratie et du progrès !… Et qui sont-ils ? Mais, encore pardi !… Les oligarchies capitalistes des pays «occidentaux» : Etats-Unis, Europe (notamment Angleterre et France), Israël. Et leurs chiens de garde «intellectuels»(8).

Ah, bon ! Ils sont donc civilisés et démocrates, les dirigeants de ces pays et les citoyens qui les ont élus au gouvernement ? Que dire alors de leurs avions et missiles qui, au mépris du droit international, bombardent des populations civiles dans certains pays, sous prétexte de leur donner la «civilisation», la «démocratie», le «progrès», «libérer les femmes» et «combattre l’obscurantisme religieux» ? Et, comme par hasard, les pays victimes possèdent des ressources naturelles ou/et un territoire stratégique pour l’encerclement des adversaires russe et chinois. Et l’oligarchie qui gouverne l’Etat d’Israël serait aussi «civilisée» et «démocratique», défend les «droits humains» des individus et des peuples. Est-ce conforme avec son comportement envers le peuple palestinien, au mépris des résolutions de l’ONU, d’une part, et, d’autre part, avec son soutien aux régimes rétrogrades : Maroc, Jordanie, et, à présent, Quatar et Arabie Saoudite ?

Ce qui demeure intéressant à constater, c’est que l’apparition de ces harkis algériens ou d’origine algérienne dans le domaine culturel est un grave avertissement. Il serait fatal de ne pas le comprendre en montrant son insertion dans les enjeux fondamentaux actuels de la planète : 1) l’accaparement de ressources naturelles pour assurer la suprématie économique ; 2) l’occupation de territoires pour surveiller et, éventuellement, agresser un adversaire ; 3) exploiter une main-d’œuvre sans défense syndicale, asservie par une caste soumise à l’oligarchie mondiale dominante.

Cet avertissement, incarné par des harkis «culturels», montre au peuple algérien qu’il est menacé par une nouvelle forme de domination, néocoloniale après celle coloniale. Que l’on ne perde jamais de vue cette réalité : jusqu’à peu de temps, l’Afrique, dont l’Algérie est une composante, constituait le «pré-carré» de l’oligarchie française. Voici que la Chine est arrivée en Afrique, et la Russie y retourne. Leurs méthodes sont différentes. Non pas qu’elles soient philanthropiques, mais elles tiennent un meilleur compte des intérets des peuples africains. Dès lors, l’oligarchie française est contrainte de recourir à tous ses moyens (y compris, comme toujours, services secrets et présence militaire) pour conserver ses profits économiques en Afrique. Et, comme toujours, la «culture» française (celle coloniale et non celle anticoloniale) y joue un rôle important. Voilà la cause première et principale de l’encouragement et du soutien aux harkis «intellectuels» africains(9).

L’expérience historique le montre, partout et toujours : une certaine «culture» n’est rien d’autre que le signe précurseur de la domination exploiteuse, présente ou prochaine qui se prépare(10). Elle se manifeste d’abord par ce qui la cause : l’hégémonie économique(11). Si celle-ci ne donne pas les profits escomptés, suit l’agression militaire. Bien entendu, au nom de la «civilisation», comme toujours. Aux peuples et à leurs parties éclairées de se préparer à l’affrontement(12), parce qu’ils n’ont pas d’autre choix : être asservi, à moins de combattre pour conquérir la liberté. Et pour qu’elle soit authentique, elle doit se compléter par l’indispensable solidarité entre les dominés-exploités, hommes et femmes, jeunes et vieux. A suivre.

K. N.
[email protected]

(1) https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/30/dirigeants-guerre/

(2) Voir https://www.revue-ballast.fr/tuer-pour-civiliser-au-coeur-du-colonialisme/

(3) Voir partie 1 https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/12/contre-lideologie-harkie-culture-libre-solidaire/ et partie 2 https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/16/contre-lideologie-harkie-culture-libre-solidaire-2-guerre-de-liberation-nationale/

(4) Voir l’excellent article d’Alain Ruscio cité en note 2

(5) Lire absolument les très éclairants textes ici : http://forumdesdemocrates.over-blog.com/article-la-caravane-camus-et-son-debat-inegal-109135301.html

(6) Référence citée en note 2

(7) Rappelons celle de Jean Sénac en 1973. Voir http://www.lematindalgerie.com/eloge-au-compagnon-jean-yahia

(8) Il est salutaire de lire ou relire l’essai de Paul Nizan, du même titre, en l’appliquant à la réalité actuelle

(9) Voir https://reseauinternational.net/pourquoi-la-france-finira-t-elle-par-perdre-lafrique/

(10) Voir http://www.lematindz.net/news/23193-du-role-des-intellectuels-et-des-artistes.html et http://www.lematindz.net/news/24015-mercenaires-cameleons-et-libres-penseurs.html

(11) Cet aspect sera exposé dans une partie successive

(12) En Algérie, des représentants de partis politiques d’opposition et des intellectuels, soucieux de l’intérêt du peuple, ne cessent de le déclarer

Comment (4)

    Le Patriote
    4 mai 2018 - 14 h 05 min

    Sur Albert Camus. En 1967 sortait du film « L’Etranger » de Luchino Visconti. Le film, dont une bonne partie fut tournée à Alger, faisait suite à celui de « La Bataille d’Alger ». Le moins que l’on aurait pu dire à l’époque, fut que les Italiens s’intéressaient beaucoup (trop) à l’histoire récente de l’Algérie. Avec le recul, on comprend que la récupération de notre glorieuse révolution a été le principal objectif de la France qui s’attela à donner sa propre version des hauts faits d’armes de nos glorieux combattants, morts bien sur, tout en absolvant les traîtres et les renégats devenus ipso-facto des héros vivants. Juste après on eut « L’opium et le bâton » où on voyait des maquisards faire amis-amis avec des militaires français capturés; plus tard on eut « Chroniques des années de braise; plus tard on eut « Cheikh Bouamama » alors qu’on s’attendait à ce que l’ONCIC tournât un film sur l’Emir AbdelKader. C’était l’époque où l’Algérie « tournait la page » lors de la visite historique de notre président au président Mitterrand qui ordonna de guillotiner pas moins de 13 combattants sans oublier Ben M’Hidi qu’il remit aux parachutistes de Massu, Bigeard et Aussarèsse pour qu’ils le soumettent à « La Question », ce qui le poussa au « suicide ». Le scénariste de l’épopée, préalablement nommé ministre de la Culture octroya toutes les autorisations, tous les crédits pour commencer le tournage. Bien plus tard, beaucoup plus tard ce scénariste (que Dieu ait son âme) donnera (ou plutôt fera donner) son nom à l’Opéra d’Alger.
    Donc revenons à notre propos sur Albert Camus. La propagande battait son plein et les milieux culturels bruissaient d’anecdotes sur cet « Algérien » Prix Nobel de Littérature. La fac Centrale n’échappa pas au happening ni à la mode. Le point d’orgue fut donné par le ministre de la Culture de l’époque, Taleb El Ibrahimi lors d’une conférence mémorable dans la salle du Sous-Sols des Facultés. Il dégonfla le mythe de cet écrivain et dénonça son mépris pour « les indigènes » que nous fûmes. Il le « désalgérianisa » car il n’eut pas le temps ni d »écrire ni de se prononcer sur le combat pour la liberté. Et le film connut alors un bide historique et tomba dans l’oubli.
    Comme le rappelle et le souligne M. Naïmi, la puissance colonisatrice recyclée en « néo… » se désarma pas et ne se découragea point. La possibilité donnée aux Algériens d’acquérir la « double nationalité » et, plus tard l’intégration de l’Algérie au sein de la Francophonie allait lui donner une nouvelle impulsion qui, il faut le reconnaître se transforme en francophilie débridée et agressive.
    C’est ainsi qu’en 2012, sur un quotidien pourtant interdit par le Pouvoir, publia un article où l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour affirmer que « Albert Camus l’Algérien, n’est pas Français ».Et d’argumenter: « Peut-on revendiquer une nationalité naturelle à titre posthume ? » tout en expliquant que « si l’auteur de l’Etranger a eu le malheur (sic) de mourir avant le 11 Décembre 1960, cela ne doit pas nous faire oublier qu’il est né en Algérie ». Bigre. Et d’ajouter sans rougir « puisque la majorité de ses écrits parlent de son pays natal ». La belle affaire!!!
    Après un paragraphe où le ridicule le dispute à la bassesse de larbin de service qu’il revendique, l’auteur propose ni plus ni moins de « revendiquer la nationalité algérienne d’Albert Camus à titre posthume ». Pour emporter la décision, il avance comme argument irréfutable que la mort « prématurée de Camus « ne lui a pas permis de vivre décembre, il est mort en janvier 1960 ». Et d’expliquer sans rougir et toute honte bue que Camus aurait participé aux manifestations de décembre 1960.
    Le plus grave dans ces élucubrations, l’auteur de l’article se permet d’affirmer que Camus « est un Algérien qui n’était pas un révolutionnaire (comme) beaucoup d’Algériens ne l’étaient pas ». Et de conclure, bien avant Daoud que Camus « était loin d’être un harki ». Et, cerise sur le gâteau, l’auteur de l’article reconnait que « même les harkis restent algériens ». Rien que ça!!!
    L’auteur termine son torchon par rappeler la conférence de Taleb Ibrahimi à la Salle de les Facs et termine son constat que ce Taleb personnifie « l’islamisme ravageur dont les racines qui ne trompent pas ».
    ===================
    Je ne cite ni l’auteur ni le quotidien mais j’indique par honnêteté intellectuelle les coordonnées de cet artcle répugnant écrit par un auteur répugnant et publié sur une feuille de chou non moins répugnante. Vive l’Algérie. Gloire à nos Martyrs.

    4
    2
    Kader
    4 mai 2018 - 9 h 03 min

    Bravo monsieur pour cet article d’une rare clairvoyance. Il est vrai que notre société fait l’objet d’une guerre idéologique décidée et ordonnée par des officines occultes et exécutée par des harkis de chez nous prêts à marcher sur les corps de leurs mères pour un peu de gloire et d’argent. Sans pudeur ni dignité ces petits soldats du néocolonialisme décadent ne ratent aucune occasion pour attaquer, dans les médias étranger, l’identité et l’honneur du peuple algérien.

    3
    3
    Anonyme
    3 mai 2018 - 19 h 01 min

    Excellent article ! A lire et relire.

    35
    4
    Errai
    3 mai 2018 - 18 h 26 min

    C’est une guerre intellectuelle qui doit être menée à ces harkis culturels et elle doit être permanente. Il est du devoir de tout intellectuel(le) d’être vigilant(e) pour démasquer ceux et celles qui sont disposé(e)s à vendre leur âme et la patrie pour de minables considérations.
    Le jeu trouble de Kamel Daoud (ex GIA) et Amin Zaoui (Fils de MUEZZIN) doit être dénoncer avec vigueur. Si le premier est mandaté pour répercuter une image dégradante de ses congénères, le second en parfait iconoclaste ayant trahit la mémoire de son père ne rate aucune occasion dans ses écrits pour taper sur la religion.

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