Obsession

Jordanie Arabie EAU Koweït
La batterie de réformes structurelles a provoqué une importante fronde sociale. D. R.

Par Sadek Sahraoui A l’heure qu’il est, le roi Abdallah II de Jordanie doit certainement pousser un immense soupir de soulagement. Il y a de quoi. L’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït viennent, en effet, de le sortir d’un guêpier qui aurait pu fragiliser son trône, déjà chancelant. Et ici le guêpier est bien évidemment l’importante fronde sociale provoquée par un projet du gouvernement jordanien d’appliquer une batterie de réformes structurelles. Des réformes qui auraient précipité un important pan de la population jordanienne dans la précarité. Le danger pour le roi Abdallah était réel puisque la contestation populaire avait déjà emporté un Premier ministre.

Et si cette lame de fond devait persister encore quelques jours, il n’est pas exclu qu’elle déboucherait sur une sorte de «printemps jordanien». L’hypothèse se tient, d’autant plus que les réformes envisagées par le gouvernement démis allaient intervenir dans la foulée d’une augmentation substantielle des prix des produits de première nécessité. C’en était, en effet, trop pour une population déjà saignée à blanc et prête à tout pour sauver ses maigres acquis sociaux.

Dans le cas d’un soulèvement, il n’aurait pas été exclu de voir la protesta s’étendre à d’autres pays de la région tant la situation y est aussi hautement inflammable. C’est très certainement la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït se sont empressés de voler au secours de leur voisin. Pour éviter que la crise sociale jordanienne ne fasse boule de neige. Ces trois pays n’ont, d’ailleurs, pas hésité un seul instant à mettre la main à la poche pour éteindre le feu de la contestation. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, comme on dit.

Ils ont accordé, en effet, à Amman la bagatelle de 2,5 milliards de dollars. L’enveloppe, annoncée à l’occasion du sommet des quatre pays organisé hier à La Mecque, comprend un acompte versé à la Banque centrale de Jordanie, une garantie de la Banque mondiale, un soutien budgétaire sur cinq ans et le financement de projets de développement. Il s’agit d’une initiative plutôt rare qui renseigne en réalité à quel point les monarchies du Golfe sont fragiles et vivent dans la peur d’être un jour balayées par leurs peuples. Cette obsession est même permanente chez eux.

S. S.

Pas de commentaires! Soyez le premier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.