Une contribution de Mesloub Khider – Les tartufferies de la démocratie

affiche suffrage
Les élections sont partout, mais la vraie démocratie nulle pas. New Press

Par Mesloub Khider – «Le suffrage universel ne me fait pas peur, les gens voteront comme on leur dira», disait le royaliste Alexis de Tocqueville.

Selon les spécialistes, la démocratie serait le meilleur régime pour maigrir, à force de se nourrir d’espoirs déçus. Selon d’autres, la démocratie serait le meilleur sport pour muscler sa patience, patience jamais fatiguée d’attendre le miracle politique et économique se réaliser. Selon d’autres, ce serait la plus belle conversion à cette religion des temps modernes : c’est la seule qui promet le paradis sur terre. Selon d’autres, ce serait le meilleur système mortuaire du vivant de l’homme : l’homme s’entraîne à enterrer régulièrement sa vie dans l’urne funèbre électorale. Selon d’autres, la démocratie ce serait le plus sincère et loyal mariage de l’existence : l’infidélité est inscrite dans le programme politique. Selon d’autres, ce serait le plus bel et aveugle amour passionné témoigné à un inconnu : on offre son cœur à un politicien sans l’avoir jamais rencontré auparavant, ni le côtoyer après les épousailles électorales.

Selon les plus fins escrocs, ce serait la plus ingénieuse des escroqueries : c’est la seule «transaction» où l’on vous vend une marchandise (politique) sans garantie de résultats. Selon la légende, la démocratie «est un mode de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». L’auteur de la citation devait être soûl ce jour-là, il a dû confondre les prépositions lors de la transcription. La citation exacte est : la démocratie est un mode de gouvernement sans le peuple, au-dessus du peuple et contre le peuple. Selon l’étymologie, le terme démocratie vient de la contraction des deux mots grecs Démos (peuple) et Krâtos (pouvoir, autorité). Apparemment, dès l’origine, les gouvernants n’ont retenu que le second terme comme principe de gouvernement, oubliant au passage le peuple.

On continue à soutenir que la démocratie est un régime politique dans lequel la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens. Il serait plus exact de dire : la démocratie est un régime politique dans lequel l’ensemble des citoyens appartient à la souveraineté d’une classe (caste, oligarchie, monarchie). La démocratie serait la souveraineté citoyenne du plus grand nombre, mais exercée en vrai par l’Unique divin capital tapi dans l’ombre. La démocratie apparemment s’exerce en notre nom, mais on n’attend toujours qu’elle nous donne son prénom, pour nous permettre enfin de réellement la fréquenter, établir ensemble un véritable lien d’amitié.

On nous martèle qu’on fait partie d’un peuple souverain, pourtant le souverain pouvoir ne fait pas partie du peuple. S’agirait-il d’une difformité politique ou d’une politique de la conformité ? On prétend que, grâce à la démocratie, le citoyen obtient sa libération, pourtant il attend toujours pour participer réellement aux délibérations. La démocratie, prétend-on, est l’émanation de la volonté générale, mais exercée en vrai par l’unique volonté particulière d’un seul président, volontairement adossé à un général.

La démocratie serait un contrat social signé par le peuple avec le pouvoir pour gouverner la société mais dans les seuls palais du pouvoir. La démocratie est la forme politique de gouvernement la plus accomplie de tous les régimes, prétend-on, mais une politique accomplie par le seul gouvernement imposant un régime sec à toute la société. En démocratie, à chaque scrutin, on brigue notre bulletin, pour permettre à des requins de faire main basse sur notre butin public national.

La démocratie permet aux politiciens de briguer régulièrement le suffrage des citoyens par l’obtention de leurs voix, mais à quoi sert la démocratie si elle ne permet jamais à ces mêmes citoyens de changer le cours de leur vie ? La démocratie s’exercerait, selon ses laudateurs, en toute transparence mais la réalité nous prouve qu’elle use que d’apparence, étant entendu que les véritables décideurs c’est l’opaque finance.

En démocratie, dit-on, l’élu remplit un mandat. Aussitôt élu, il s’empresse d’aller encaisser le mandat dans toutes les caisses de l’Etat pour remplir royalement sa maison, oh pardon sa mission. En démocratie l’élu, dit-on, doit avoir politiquement beaucoup d’exigence mais, surtout, énormément d’allégeance. En démocratie, la vie de l’élu est une sinécure affaire de missions, commissions, soumissions, compromissions, concussions, de bassesse, d’indélicatesse, de scélératesse, de félonie, d’infamie, de perfidie. En démocratie, l’élu, dit-on, loyalement rend des comptes au peuple mais, surtout, peuple ses comptes royalement.

Paradoxalement, dans la démocratie, on ne nous implique jamais dans la construction des projets postélectoraux. On nous fait juste voter pour des candidats qui, une fois élus, s’empressent d’enterrer leurs promesses, en se fondant sur la maxime du grand philosophe démocrate Charles Pasqua : «Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.»

On se gausse des peuples primitifs qui remettent leur destin entre les mains des esprits seuls aptes à les aider à gérer leur vie, les inaptes citoyens agissent-ils autrement en déléguant leur pouvoir politique à des mandataires dénués d’esprit ? Le suffrage universel est un tranquillisant destiné, comme chez Staline, moins hypocrite en matière de gouvernance, à enfermer la contestation dans une camisole chimique électoraliste. L’Etat a toujours ses raisons de prendre un arrêt, instaurant la démocratie, mais la démocratie s’arrête où commence la raison d’Etat.

En démocratie, si on ne vote pas convenablement, on nous refait voter (comme au Danemark à propos de Maastricht) ou on annule l’élection au nom de la défense de la démocratie, voire on dissout le peuple. «Le capitalisme, c’est la loi du plus salaud», que peuvent donc la démocratie et le suffrage universel contre lui ? Si voter pouvait changer quelque chose, ce serait interdit.

C’est comme pour le travail, la classe démocratique dominante nous serine que travailler c’est bon pour la santé. C’est pourquoi elle s’est toujours ingéniée à l’abandonner aux seuls prolétaires pour mieux profiter démocratiquement de son oisiveté.

En démocratie, les patrons, paradoxalement, sont les seuls dirigeants à ne jamais être élus par les citoyens. Pourtant, l’établissement professionnel est le lieu où l’on passe presque un demi-siècle de notre vie à produire des richesses curieusement accaparées par d’autres. La démocratie s’est installée dans tous les lieux honorifiques de la société, mais jamais dans les honorables lieux de la production de la vie : l’économie, cette instance de création de richesse privatisée au seul profit d’une classe.

La bourgeoisie préfère la lutte électorale à la lutte des classes. Actuellement, le suffrage universel est partout et la lutte des classes nulle part. Avec la démocratie, l’exercice électoral se limite à donner dans l’anonymat sa voix. Quand, enfin, déciderons-nous à reprendre de la voix et prendre nous-mêmes la parole pour exercer publiquement notre pouvoir décisionnel politique ?

La démocratie bourgeoise est affligée d’une stérilité congénitale. Même les choix électoraux les plus audacieux (Podemos, Syriza) se révèlent impuissants à engendrer la moindre réforme avantageuse pour les électeurs pourtant révolutionnairement courtisés par un programme supposément subversif mais en vérité corseté par le capital.

En réalité, dans notre société prétendument démocratique, les élections sont partout, mais la vraie démocratie nulle pas. Un homme digne ne s’avilit pas à choisir ses maîtres, mais se dresse pour les destituer. L’histoire retiendra plus tard que la société démocratique bourgeoise aura été la seule structure sociale où ses citoyens ont cultivé la servitude volontaire jusqu’au délire d’élire eux-mêmes intrépidement leurs propres bourreaux.

Il est plus facile de ramper vers une urne que de se lever comme le Che pour ensevelir les cendres de l’ordre existant dans l’urne mortuaire. Le vote, c’est ce que concède le capital au vaincu pour qu’il accepte sa défaite sociale mais, bien sûr, dans la dignité démocratique.

Jamais une transformation sociale n’a jailli des urnes «démocratiques». Toute notre existence, sacrifiée par le capital au nom de la démocratie, a un relent de l’urne funèbre.

«Les enfants croient au Père Noël, les adultes votent.» (Pierre Desproges)

M. K.

Comment (22)

    Nakisa
    9 juillet 2018 - 7 h 14 min

    Dans tout ce qui est écrit là que conclure ? Que la démocratie est une imposture et qu’il vaut mieux vivre sous une bonne et franche dictature ? Voilà un choix que je laisse à l’appréciation de chaque être humain ayant un gramme de conscience et de raison pour pouvoir réfléchir encore




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    Mme CH
    9 juillet 2018 - 1 h 49 min

    Le communisme, le capitalisme et le sionisme sont trois idéologies qui ont été concoctées par les mêmes acteurs pour dominer, en Maîtres indétrônables, le monde d’une manière ou d’une autre… !!! Autrement dit « Ma Tachkour 3azza 3la Bent Mbarak »… !!! Et qui sont les dindons de la farce…??

    Nous perdons notre temps dans cette confrontation éternelle que les corrupteurs/corrompus des deux pôles ont concocté. Tantôt c’est entre la gauche et la droite (et maintenant ils sont du même avis, c’est le peuple qui paye la sauce), entre hommes et femmes, tantôt entre patrons et ouvriers ,et entre les différentes classes sociales qu’ils ont eux mêmes créées à cause de leurs concepts tordus..(et ce sont les banques des Rothschild qui tirent les bénéfices..).!!
    Le communisme/socialisme/progressisme ont prouvé leurs défaillances et leurs limites (même la Chine de Mao a viré) et le capitalisme/libéralisme/ impérialisme/libertarianisme ont prouvé leurs défaillances et leurs limites, ils nous mènent tout droit vers la troisième guerre mondiale…c’est un fiasco monumental….! Alors pourquoi s’accrocher aux idéologies des Minus Créatus qui ont prouvé leurs limites, normal puisqu’une cervelle est tout de même limitée et faillible…! Les Minus Créatus sont ils plus savants que le Créateur des Minus…??? Terriens.. Atas Atas Mazel Al Hal..!




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      abou Stroff
      9 juillet 2018 - 11 h 00 min

      Et qui sont les dindons de la farce…?? s’interroge madame!
      et bien la réponse est d’une simplicité maladive. si nous remarquons que toutes les sociétés qui s’accrochent à la drogue dure (la religion) la plus dure parmi les drogues dures, sont, sans exception, des sociétés arriérées, alors, il nous faut admettre que s’accrocher à l’idéologie religieuse (quelle qu’elle soit) ne peut aboutir qu’à une aliénation totale et à un aveuglement intégral.
      moralité de l’histoire: et si j’ajoutai que les religions ne sont que des produits humains ayant servi, dans un premier temps, à atténuer l’angoisse existentielle que ressent tout être vivant qui sait qu’il va mourir, avant de se métamorphoser en un moyen de domination aux mains des couches sociales dominantes, que reste t il aux gardiens du temple sinon de se faire harakiri.




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        Mme CH
        9 juillet 2018 - 19 h 48 min

        Oh, non cher monsieur, la réponse est fausse….tout ce qui est simple n’est pas forcément facile…!!! Alors qui sont les dindons de la farce…??? Hé bien, ceux qui croient au « Père Noël »….!!!
        Cependant, c’est toujours la même tactique, la même fuite en avant…… au lieu de nous parler du fiasco monumental que connait le monde qu’il soit de/à gauche ou de/à droite, non, ils continuent à nous bassiner avec les mêmes mots éblouissants, la même blablation Ellati La Toughni Wala Tousminou Min Jou3…c’est le même disque: « des sociétés arriérées, alors, il nous faut admettre que s’accrocher à l’idéologie religieuse (quelle qu’elle soit) ne peut aboutir qu’à une aliénation totale et à un aveuglement intégral… »…et pourquoi ne nous parlent-ils pas de l’aliénation aux idéologies des Minus Créatus qui ont conduit l’être humain à un aveuglement intégral en le transformant à un humanoïde (pour ne pas dire un animal) sans foi ni loi, juste un consommateur de nourritures, de drogue, d’alcool, de femmes, de plaisir…et un collecteur de tous les vices…!!

        Au fait, pourquoi il y a la mort…pourtant les réactions en chaîne sont en continuelle régénération…Coucou aux Athéus-laïcus…!!!

        Mais je vous remercie quand même d’avoir répondu à la question…..!!! Cordialus…!




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    Felafel
    8 juillet 2018 - 23 h 33 min

    Excellente conclusion du cultissime Desproges que j’affectionne particulièrement paix à son âme : « Les enfants croient au père noël. les adultes votent ».




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    Anonyme
    8 juillet 2018 - 22 h 06 min

    Le premier paragraphe est du tonnerre ! Le style de l’auteur de cette contribution me fait penser à un intervenant d’AP – « le Prolétaire » – qui avait un sens de la formule et un sens du paradoxe très poussés. Ce passage « La démocratie permet aux politiciens de briguer régulièrement le suffrage des citoyens par l’obtention de leurs voix, mais à quoi sert la démocratie si elle ne permet jamais à ces mêmes citoyens de changer le cours de leur vie ?  » est limpide. Ce qui doit nous unir en tant qu’algériens, ce n’est pas la démocratie au sens propre, mais l’Algérie soit un type de gouvernement qui ne correspondrait qu`à nous et qui tiendrait de nos spécificités propres.




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      Mesloub khider
      9 juillet 2018 - 5 h 48 min

      Je te le confirme : il y a un lien de parenté entre Prolétaire et l’auteur de la contribution. Ils ont été procrées par la même défunte maman enfantée par les montagnes de Djurdjura, et élevé par le même défunt père moudjahid, chef de section du 14ème arrondissement de Paris, au corps déchiqueté par quatorze moches balles ennemies en 1957 en plein Paris, mais miraculeusement réchappé à la mort car il aimait trop l’Algérie pour rater d’assister au grandiose spectacle de son indépendance en 1962, et surtout, pour fêter cette naissance de l’Algérie révolutionnaire, me concevoir triomphalement trois mois après dans le lit de l’Algérie libre.




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        Anonyme
        9 juillet 2018 - 15 h 05 min

        Je suis la personne qui au cours d’un échange musclé sur AP vous/t’avais conseillé d’écrire des contributions ici dans ce journal. Je vois que je suis apte à reconnaître le style des gens et qu’en plus mes conseils sont avisés. Merci d’avoir suivi ce conseil. C’est très bien de participer directement au débat par des contributions.




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    EL-MANCHAR
    8 juillet 2018 - 22 h 04 min

    Donner la démocratie à certains peuples,c’est comme tu donne du miel à un bourricot,et pour cause ils prennent le pouvoir par la démocratie,mais après ils deviennent des dictateurs,ils ne lâcheront plus le pouvoir jusqu’à la mort




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    Aliloup
    8 juillet 2018 - 21 h 52 min

    La démocratie est une richesse pour les hommes intègre et loyaux,mais pour les bandits et les malhonnêtes c’est un magot d’un holdup,la démocratie n’est pas faite pour certaines personnes ignorant et un cerveau limité surtout aux pays du soleil qui chauffe les tentations et le désir de faire du mal aux autres,croyant faire un pèlerinage seront béni et une place aux paradis bien chauffé nchallah




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    Zaatar
    8 juillet 2018 - 19 h 20 min

    Eddem Akoursi ne sied pas avec Errachem H’mida et Ellaab H’mida. Il se traduit différemment. Il traduit la gestion du pays par la distribution de la rente et la prédation. C’est le domaine où l’on excelle en Algérie…




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    Felfel Har
    8 juillet 2018 - 13 h 17 min

    Pour exprimer mon point de vue sur la question, je ferai parler deux monuments de l’Histoire, deux sages, Abe Lincoln et Gandhi.
    Le premier définissait la démocratie comme « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » et pour le second, « la démocratie devrait assurer au plus faible les mêmes opportunités qu’au plus fort. »
    En faisant un large tour d’horizon, y a-t-il un pays dans le monde où le peuple exerce son pouvoir par le biais d’institutions représentatives, où la justice s’applique de la même manière pour tous? Des forces occultes, des lobbies manipulent et veillent à ce que la voix du peuple soit détournée de sa trajectoire naturelle, si bien que ses choix et ses aspirations sont relégués aux calendes grecques.
    Voila pourquoi je considère que la démocratie, la vraie, est une illusion, un idéal qu’aucun État n’a encore atteint, surtout pas ceux qui cherchent à nous faire la leçon. Ne serait-ce pas qu’un voeu pieux?




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    lhadi
    8 juillet 2018 - 12 h 43 min

    Le capitalisme n’est pas un rapport social, un rapport de production opposant ceux qui organisent le travail à ceux dont le travail est organisé. Le terme désigne la propriété privée des moyens de production et, par conséquent un mode de développement commandé par l’initiative privée d’entrepreneurs. symétriquement, le socialisme n’est pas davantage un rapport social, mais un mode de développement dirigé par un Etat planificateur qui s’est assuré de la propriété collective des moyens de production.

    Une conséquence immédiate de ces distinctions est que l’on peut parler de société industrielle aussi bien à propos de pays capitalistes que de pays socialistes. Mieux encore, l’analyse sociologique des rapports de production dans l’un et l’autre cas montre, au niveau de base de l’atelier ou de l’usine, de grandes similitudes. Lenine, parvenu au Pouvoir, fut aussi un de ceux qui introduisirent en Union soviétique les principes de rationalisation dans l’organisation du travail, et il est connu qu’il fut un grand admirateur de Frederich W. Taylor.

    L’ouvrier de la métallurgie, dans les pays de l’Est, est soumis à une organisation du travail comparable à celle de son homologue en Europe occidentale ou aux Etats-unis, et sa conscience proprement sociale, n’est pas fondamentalement différente. Le mouvement Solidarnosc, en Pologne, n’a pas seulement lutté pour l’instauration de droits politique et au nom d’un certain nationalisme polonais, il a aussi été porté par une classe ouvrière semblable à celle que l’on rencontre dans d’autres sociétés industrielles capitalistes.

    Est-ce à dire que les acteurs sociaux, définis par leur conflit dans les rapports de production, sont étrangers au développement, que les maitres du travail n’ont rien à voir avec le capitalisme, défini comme un mode développement, ou que le mouvement ouvrier est totalement différent de l’action politique pour le socialisme, ou du contrôle des Etats dits socialistes . Bien évidemment, non. D’abord, parce que l’indépendance des acteurs sociaux et de l’Etat n’est jamais absolue. Les acteurs dirigeants sont aussi des acteurs dominants, et la reproduction de leur position sociale passe par l’intervention de l’Etat, garant de l’ordre, agent de cohésion de la structure sociale. Les acteurs contestataires, symétriquement, en appellent simultanément au contrôle du progrès et de l’industrie, à la direction de l’accumulation et à celle de l’Etat. Ils ne peuvent être indifférents à un contre-pouvoir qui, sous le nom de socialisme, leur promet la direction politique de l’historicité. Le socialisme n’est pas seulement un mode d’intervention économique de l’Etat qui supprime, en théorie le rôle de l’initiative privée, il est aussi le prolongement utopique de l’action ouvrière depuis l’atelier et l’usine jusqu’au sommet de l’Etat.

    Une seconde conséquence des remarques qui précèdent est de rendre absurde l’idée que le socialisme succède nécessairement au capitalisme une fois celui-ci parvenu à épuisement ou à maturité. L’un comme l’autre sont deux modes de développement et, plus précisément, mais pas toujours, deux voies pour l’industrialisation, deux formes politiques qui correspondent éventuellement à un même type de société, industrielle, mais aussi peuvent n’avoir rien à voir, avec elle, puisqu’il existe des régimes capitalistes ou socialistes sans industrie, sans entrepreneurs industriels ni classe ouvrière.

    A ce propos, le syndicalisme d’encadrement, miroir du système politique algérien, est un élément du système économique planifié.

    En effet, ce qui caractérise le syndicalisme d’encadrement, par rapport au syndicalisme libéral, ce sont les liens étroits avec le pouvoir politique…le syndicalisme libéral est indépendant de l’Etat et du patronat, tandis que le syndicalisme d’encadrement, au contraire, bénéficie d’emblée d’un statut officiel et dise même du monopole de l’organisation professionnelle afin de remplir les taches que lui fixe l’Etat. C’est un organe de participation à l’intérieur de l’appareil étatique, ce qui le caractérise en terme d’agent d’une politique économique centralisée.

    Face à un monde en plein bouleversement, je comprend que l’on puisse être saisi par le doute ou l’inquiétude. Mais la solution n’est pas dans le repli sur soi. Si l’Algérie s’enferre dans de fausses certitudes, elle finira au mieux figé et au pire sombrera dans des crises qui, chez nous naissent du renoncement.

    Ce nouveau monde, il faut l’affronter avec ambition. Même si la concurrence est rude, nous avons les moyens et le potentiel pour relever le défi de la mondialisation, non pas en imitant les autres, mais en assumant notre identité.

    Il importe donc de s’affranchir de tout dogme idéologique et de saisir, sans idée préconçue, les formidables opportunités qu’offre, dans tous les domaines, un monde qui n’a jamais paru aussi ouvert, prometteur, même s’il n’a rien perdu en lui même de sa complexité.

    Fraternellement lhadi
    ([email protected])




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      Mme CH
      9 juillet 2018 - 1 h 23 min

      Je dois dire que votre commentaire contient beaucoup de points que je partage…mais la phrase qui suit c’est du Top:
      « Ce nouveau monde, il faut l’affronter avec ambition. Même si la concurrence est rude, nous avons les moyens et le potentiel pour relever le défi de la mondialisation, non pas en imitant les autres, mais en assumant notre identité. »…Tout est là cher Monsieur Ya3tek Essaha…!




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    Anonyme
    8 juillet 2018 - 11 h 05 min

    Ceux qui se demandent comment la « Démocratie » capitaliste peut se maintenir en place depuis près de deux siècles, malgré tous ses problèmes si graves et si faciles à voir, ne comprennent pas la puissance de l’idéologie. L’idéologie est une force plus grande que la force physique qui meut les hommes. L’idéologie est une partie intégrale du système de production, une partie aussi importante que les moyens mécaniques de production. L’idéologie est un câblage dans la cervelle de l’individu. Une fois le câblage installé, on ne peut pas s’attendre à ce que le courant circule autrement que par ce câblage. C’est ce que les Bolcheviques n’avaient pas compris alors qu’Engels avait essayé de le leur expliquer. Et c’est aussi ce que les tenants des pouvoirs soit-disant « socialistes » du tiers-monde, y compris l’Algérie, n’ont jamais compris : la Révolution, c’est d’abord dans les esprits; on peut donner des machines à un peuple, mais avant qu’il puisse en faire un bon usage, il faudrait d’abord remplacer les cervelles de ce peuple, et ça c’est une tâche qui prendrait au moins deux ou trois générations.
    L’idéologie capitaliste s’est développée de façon lente et naturelle, c’est à dire que les gens n’ont pas été forcés brusquement à penser d’une certaine manière, si bien qu’ils ne se sont jamais rendus compte que c’était de l’idéologie. Pour eux, le capitalisme et la “démocratie” sont tout à fait naturels et s’ils sont imparfaits, ce sont quand-même les systèmes les moins mauvais de l’histoire de l’homme, surtout qu’aujourd’hui la vaste majorité du peuple de ces pays a atteint un niveau de vie assez satisfaisant, donc moins motivée à remettre les choses en question. Pour renverser cette idéologie capitaliste il faudra attendre encore quelques générations jusqu’à ce que les contradictions du système capitaliste deviennent invivables pour la grande majorité.




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      Zombretto
      8 juillet 2018 - 11 h 18 min

      Ce commentaire est de Zombretto. J’ajoute ceci à propos du « système » algérien : La tragédie du « système » algérien est qu’il n’a pas d’idéologie propre à lui. Etant basé sur la distribution de la rente et non sur la production, ce système est sans boussole. Le pouvoir a essayé d’en importer une pour remplir le vide et on sait ce que ça a donné.




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    Abou Stroff
    8 juillet 2018 - 10 h 33 min

    la démocratie bourgeoise est le mode de gouvernance OPTIMAL de la bourgeoisie en tant que classe dominante. le reste n’est que phraséologie creuse pour niais confirmés.




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    Zalzale06
    8 juillet 2018 - 10 h 29 min

    Une Régle Qui Fait Grandir Un Pays
    Pas De Résultat ( Prends Tes Cahiers et Va Faire Ton Cirque Ailleurs )




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    Wal Hal?
    8 juillet 2018 - 9 h 07 min

    S’agissant de l’Algérie, peut -on, faire la critique d’un système que nous n’avons jamais pratiqué Mr Mesloub?
    Winston Churchill disait : « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ».
    La justice est à inventer. Avec tout mon respect.




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    Anonyme
    8 juillet 2018 - 9 h 07 min

    La démocratie, au sens où elle existe dans les sociétés occidentales, est un maquillage qui fait paraitre l’être. Portée aux nues en tant que système idéal pour la société par ceux là même qui la violentent et la détruisent à petit feu. Tant ceux qui vont voter que ceux qui sont élus sont manipulés par les décideurs de l’économie réelle et de l’économie de la finance. En 2005 les Francais ont voté contre la « Constitution européenne ». Celle-ci a réapparu aux Francais en tant que « Traité de Lisbonne » , adopté par l’Union européenne dont les membres de la Commission, du Conseil européens ne sont nullement élus par les peuples mais désignés par la BCE et par le Capital. Le diktat de la BCE, du FMI etc. en Grèce est un exemple édifiant sur la mise au pas du gouvernement grec.
    Plus de 5000 Lobbys de l’industrie, du commerce etc. sont actives à Bruxelles et décident du choix des lois à faire passer en Commission.
    Les premiers signes de fracture de ce système sont le Brexit, l’actuelle débacle face à la question des réfugiés (qui sème le vent récolte la tempête!) et la montée des populismes de gauche et de droite (Europe de l’Est, Italie etc.).




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    vrirouche
    8 juillet 2018 - 9 h 01 min

    Le non dit est clair: ne pouvant pas offrir une alternative les agents de l’arabetisme crititquent ceux qui bougent pour sembler- à eux-memes- vivants…




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    Anonyme
    8 juillet 2018 - 8 h 47 min

    La démocratie n’existe pas même chez les donneurs de leçons pour user de cet argument pour attaquer un pays comme l’IRAK, la Libye la Syrie et aujourd’hui c’est l’Algérie en semant la propagande à travers des canaux d’incultes, de pseudo experts et d’assoiffé de pouvoir..




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