Se défaire de la mystification électoraliste

Cinquième protestation
Les Algériens rejettent en bloic le système actuel. PPAgency

Par Mesloub Khider – Les vagues de protestation se poursuivent mais ne semblent pas emporter le régime. Le système résiste au déferlement du tsunami populaire. Certes, quelques pontes ont plongé, incarcérés pour leur proximité et promiscuité mafieuses avec le clan Bouteflika. Mais les requins du régime continuent à nager encore librement dans les eaux troubles du pouvoir.

Leur dauphin, un certain haut gradé de l’armée, assure la vacance présidentielle en tenue militaire. Pour imposer sa stature soldatesque et poser son statut présidentiel, il convoque régulièrement un conseil des ministres ambulatoire constitué de sa seule personne, afin de dicter ses bonnes volontés aux partis politiques corrodés par la corruption, de donner ses directives aux juges du système chargés de l’opération mains propres ordonnée par un régime aux mains sales et ensanglantées. Et surtout pour rabrouer le peuple algérien pour son irresponsable indocilité et son irrationnelle insoumission.

Droit dans ses bottes, le général-président protecteur de ses potes, même si auprès du peuple il n’a pas la cote, s’échine à nous imposer son vote. Un vote sans candidat ni débat. En quelque sorte, une élection sans sélection. Un scrutin sans bulletin. Pour mieux préserver son butin contre le peuple mutin, ce régime use de baratin, pour le convaincre d’accepter quelques strapontins au sein d’une Assemblée réduite à un rôle de catin. Un régime sans morale, pour sauver son capital, est prêt à prostituer même l’honneur national.

Depuis quand l’armée est une fervente partisane (courtisane) de la démocratie ? Que dissimule cette insistance à vouloir organiser rapidement les élections ? Depuis quand l’armée s’immisce-t-elle dans les affaires politiques ?

Particulièrement à notre époque où, partout dans tous les pays, la démocratie est contestée, conspuée, discréditée, disqualifiée. Le peuple algérien ne doit pas être dupe. Quelle que soit la bande d’escrocs propulsée au sommet du pouvoir, sa situation sociale ne connaîtra aucune amélioration. Son sort demeurera toujours celui d’une classe dominée, exploitée. Quoi qu’il en soit, c’est toujours la classe dominante qui remporte les élections. Qui tire les marrons du feu. Qui fait feu quand le peuple ose relever la tête.

Quelle que soit la fraction élue aux commandes de l’Etat, tous les gouvernements de tous les pays remplissent la même fonction : gérer le capital national, défendre et préserver les intérêts et privilèges des classes possédantes. Certes, le clan Bouteflika a siphonné les richesses du pays, a favorisé l’enrichissement scandaleusement faramineux de plusieurs aigrefins affairistes. Dans le même temps, la majorité de la population laborieuse algérienne a subi une dégradation effroyable de ses conditions sociales. Mais, dans tous les pays où règne une «démocratie pluraliste» sévissent la même corruption, le même enrichissement odieux d’une minorité de parasites bourgeois tout autant arrogants que leurs congénères algériens ; dans tous ces pays, les classes populaires subissent la même dégradante situation sociale : la misère, le chômage, la dégradation de leurs conditions de vie et de travail, la baisse de leurs salaires et de leurs retraites, le démantèlement des services sociaux.

Le peuple algérien ne doit pas se laisser ensorceler par les saltimbanques de la politique-spectacle. Par ces pantins défroqués appelant à voter pour un «intègre» président soucieux des intérêts du peuple et de l’édification d’une «Algérie nouvelle». Tous ces «hommes providentiels», hier alliés du pouvoir, nous promettent un avenir radieux, démocratique, dans une Algérie régénérée, au moment où tous les pays du monde capitaliste sont en butte à une crise économique profonde, frappant de plein fouet les classes populaires. Le peuple algérien ne doit pas se bercer d’illusions : avec ou sans Bouteflika, sa condition sociale demeurera identique : misérable.

En Algérie, comme dans tous les pays du monde capitaliste, les classes populaires doivent se défaire de la mystification électoraliste bourgeoise. Ce n’est pas innocent que le militaire, le général Ahmed Gaïd-Salah, se fait le thuriféraire acharné de cette «démocratie de papier» cristallisée par le bulletin de vote, aussi aléatoire que les prévisions du bulletin de la météo ; «démocratie de l’isoloir», meilleure antidote contre la lutte collective publique menée dans la rue et sur les lieux de production ; «démocratie des urnes», urnes où viennent s’échouer et s’enterrer les illusions du peuple à la vie toujours funèbre.

Aujourd’hui, la majorité de la population algérienne, à dominante juvénile, est éduquée, instruite, formée, fortement politisée. Elle peut librement s’organiser au moyen d’une démocratie directe horizontale, établie au niveau des quartiers, des communes, des villes, afin de désigner à l’échelle nationale ses authentiques représentants, élus et révocables à tout moment, ne bénéficiant d’aucun privilège ni d’émoluments au-dessus du salaire moyen.

Seul ce sang neuf populaire, ferment d’une nouvelle société, peut régénérer l’Algérie, aujourd’hui dirigée par des séniles. Il faut se défaire de l’esprit du colonisé. Tout pouvoir dominant est éphémère, repose sur des pieds d’argile.

M. K.

 

Comment (3)

    LE CHEF gheir SALAH
    16 août 2019 - 11 h 56 min

    N’abandonnez pas le lutte lorsque vous etes à deux doigts de la victoire;nous voulons une autre république;intelligente respectueuse,honnète;et démocratique;ne se contentez pas de soigner une grave maladie avec les remèdes de la FLN des faux Moudjahid,ou des intégristes,

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      karez
      16 août 2019 - 14 h 30 min

      Alerte !!! Le régime actuel (et l’Etat-major de l’ANP) mijote quelque chose de terrible pour début septembre 2019. Ils préparent et organisent une frange de la population qui se dit « novembériste » et « benbadiste » (composée surtout d’islamistes intégristes) pour la dresser contre le HIRAK dans le but de le diviser et de l’affaiblir…….Soyons vigilants !!!!

      Les algériens en ont marre d’êtres définis en fonction de ces références fausses et obsolètes du passé, depuis le 22 février ils sont avant tout « févriéistes ».

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    Anonyme
    16 août 2019 - 11 h 34 min

    Monsieur, il ne faudrait pas confondre la critique légitime de la démocratie avec toutes ses composantes, débat historique, politique, philosophique, point de vue « marxien », avec notre situation actuelle. Constituons d’abord un socle (comme un abri) , réfléchissons, plus tard, à la pertinence (nécessairement subjective) de la démocratie. Aujourd’hui, en Algérie, les vents sont forts, abritons-nous d’abord, et discutons après de la démocratie, parce que blessés ou morts (200.000 décès lors de la décennie noire), à quoi sert la démocratie.

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